Romancière algérienne : Ahlam Mestaghanemi
Mémoire de la chair
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dimanche 16 mars 2008, par DILAP
Ahlam Mestaghanemi. "Mémoire de la chair". Edition Arabe : ENAG Entreprise Nationale des Arts Graphiques. 1ère édition 1993
Ahlam Mestaghanemi est la seule femme écrivaine algérienne de langue arabe à être devenue célèbre non seulement dans le monde arabe mais à l’échelle internationale. Ses livres sont aujourd’hui traduits dans plusieurs langues.
Elle écrit dans une langue littérale très châtiée, mais sans prétention , mêlant sans cesse le dialecte algérien pour fair parler ses personnages. Son premier ouvrage "Mémoire du corps" traduit en Français par "Mémoire de la chair" l’a révélée au monde entier, elle qui pendant des années animait une magnifique émission de radio pour faire aimer la poésie arabe aux jeunes algériens après l’indépendance. Dans ce roman , le narrateur est un homme : un ancien "moudjahid" (combattant de la guerre d’indépendance) . Il a perdu un bras au combat.
Après l’indépendance, désabusé , découragé par le système mis en place ( révolution confisquée par des opportunistes de la dernière heure, incompétence, corruption, abus de pouvoir...) il décide de renoncer à tout poste de responsabilité et s’exile en France où il s’adonne à son unique passion : la peinture ! Il peint avec son unique bras "comme pour compenser son handicap".
A Paris, il rencontre l’amour à travers une Française qui l’aide dans ses activités artistiques. Mais le coup de foudre sera pour une jeune algérienne qui s’avère être... la fille d’un de ses meilleurs amis mort au combat ! Et qui lui avait confié sa fille comme parrain pour la protéger. Ce qu’il fit des années durant avant son exhil e en France. Dilemme. Grand désarroi du héros face à une situation qui s’apparente quelque peu à l’inceste... Très belle intrigue menée avec brio par l’auteure.
Mais ce qui a le plus retenu notre attention , c’est la capacité extraordinaire de justesse de A. Mestaghanemi à parler à la place d’un homme, de se mettre dans la peau, la chair , le corps, la psychologie d’un homme avec autant de réalisme. Au fur et à mesure que l’on progresse dans la lecture, on oublie que l’auteure est une femme. Cela n’est pas nouveau nous dira-t-on d’autres auteures en occident l’ont déjà fait avec succès. Oui. Mais dans le contexte de la culture arabe, avec l’énorme fracture qui s’est créée entre monde féminin et masculin, dans ce roman, cela reste une prouesse.
