Poètes et auteurs abbassides : L’œuvre de Al-Jâhiz

Poètes et auteurs abbassides :
L’œuvre de Al-Jâhiz

Le « Kitàb al-Hayawàn », ou « Livre des animaux » est une véritable somme anthologique fondée sur l’observation scientifique du comportement des animaux, mais qui recense en outre tout ce qui se dit des bêtes : fables, légendes, anecdotes profanes, ou religieuses issues du Coran.

 

L’œuvre est un témoignage inestimable de l’érudition et de l’humour de cet archétype de l’ intellectuel du IXème siècle musulman.

 

A côté des réflexions sur les insectes, bêtes à cornes, lions et serpents, dragons et rapaces, on y trouve l’étude de la psychologie des animaux, l’influence des climats sur leur comportement, et une ébauche théorique de l’évolution des espèces ! Sans parler de toutes sortes de digressions élaborées sur la poésie, la littérature, les couleurs, la lumière, les coutumes de ses concitoyens, le zoroastrisme des persans, la sexualités des femmes et des hommes, la position des noyés dans l’eau…

 

Textes et épîtres de ce type fleurissent sous la plume d’ al-Jahiz :
Ainsi le « Kitàb al-bukhala », ou « Livre des avares », qui traite de la générosité des Arabes (par opposition aux non-arabes). Ou bien « La supériorité des Noirs sur les Blancs », ou l’épître, d’une grande finesse, sur les esclaves-chanteuses. A cette riche période culturelle, sous le mécénat du calife al-Mamun, il sera mis fin par le calife al-Mutawakkil en 851. Al-Jahiz ne manquera pas alors de dénoncer le recul intellectuel qu’entraînera l’abandon du mu’tazilisme.

 

Vers 816, Al-Jahiz déménage à Bagdad, la capitale du califat islamique de l’époque à l’occasion de la fondation de la Maison du Savoir. Grâce au mécénat du calife abbasside, Al-Jahiz s’établit à Bagdad, puis plus tard à Samarra. Le calife Al-Ma’mun envisageait de faire d’Al-Jahiz le tuteur de ses enfants, mais changea d’avis, effrayé par ses « yeux protubérants »( jâhiz al-‘aînîn en Arabe) qui lui vaudront son surnom. Après avoir passé plus de cinquante ans à Bagdad, Al-Jahiz rentre à Basra où il meurt fin 868 ou début 869. Les causes exactes de sa mort ne sont pas connues, mais selon la tradition populaire il serait mort écrasé par la chute des livres de sa bibliothèque (lui qui aimait tant les anecdotes savoureuses !). Selon une autre version, il serait tombé malade et mourut à Muharram.

 

Parmi ses œuvres les plus connues :

– Livre des Avares
– Traités sur les Turcs
– Traité sur les marchands
– Traité de rhétorique
– Éphèbes et Courtisanes
– Livre des Animaux
– Titres de gloire des Noirs sur les Blancs

Poètes et auteurs abbassides : biographie de l’auteur Al-Jâhiz

Poètes et auteurs abbassides :
biographie de l’auteur Al-Jâhiz

Al-Jâhiz

Al-Jahiz de son vrai nom ‘Abu Uthmân Amrû Ben Badr était un écrivain noir arabe mutazilite, né à Basra (aujourd’hui Bassorah) vers 776, mort en décembre 868 ou janvier 869. Véritable créateur de la prose arabe, il défend une culture arabe en combinant la tradition avec des données de la pensée grecque et laisse plus de deux cents ouvrages dont une cinquantaine ont été traduits en Français.

 

On sait peu de chose de l’enfance d’Al-Jahiz sinon que sa famille était pauvre et qu’il vendait -aux côtés de sa mère- du poisson le long des canaux de Basra pour subvenir aux besoins de la famille.

 

Doué d’une curiosité intellectuelle étonnante, il suit les enseignements des grands savants de son temps : linguistes, philosophes, poètes, maîtres du kalam (la science de la religion).

 

Il acquiert ainsi une maîtrise parfaite de la prose arabe, en même temps qu’une très vaste culture encyclopédique originale. Tout ceci fait de lui, encore aujourd’hui, le représentant éminent de  » l’Adab  » : l’ensemble des qualités de l’honnête homme, fin connaisseur des Belles Lettres,  » poli  » de culture. Il donne à la prose littéraire sa forme la plus parfaite.

 

Très vite il s’engage dans le mouvement intellectuel dominant à Basra et à Bagdad : le mu’tazilisme, idéologie fécondée par le rationalisme de la pensée grecque, le réalisme et l’ouverture à toute culture.
Une des thèses du mu’tazilisme, partagée par al-Jàhiz, est celle qui considère le Coran comme crée. Al-Jahiz continue ses études pendant vingt-cinq ans durant lesquels il acquiert une connaissance profonde de la poésie et philologie arabe, de l’Histoire pré-islamique des Arabes et des Perses, du Coran et des hadith. Il étudia également des textes traduits du grec de science et de philosophie, notamment les œuvres Aristote. Son éducation avait été facilitée par le fait que le califat abbasside était en pleine révolution culturelle et intellectuelle, augmentant la diffusion des livres.
Alors qu’il vit encore à Basra, Al-Jahiz écrivit un article sur l’institution du califat qui est considéré comme le début de sa carrière d’écrivain qui sera sa seule source de revenus.. Il écrira au cours de sa vie plus de deux cent livres sur des sujets aussi divers que la grammaire de l’arabe, la zoologie, la poésie, la lexicographie et la rhétorique, mais seuls trente nous sont parvenus.

 

Autour de lui se tiennent des séances littéraires, à Basra, à la cour du Calife à Bagdad ou à Samarra. On y débat de sujets légers ou profonds : l’harmonisation de la raison et de la foi, les revendications des minorités non-arabes, l’influence persistante du zoroastrisme porté par les lettrés persans, mais aussi la parole et le silence, l’envieux et l’envié, l’amour et les femmes…

 

IL aborde tous ces sujets d’une manière plaisante, élégante, pleine de verve, mais aussi féroce, satirique, sceptique.Excellent peintre des caractères de la société, il se permet, à la limite de la bienséance, de critiquer certaines catégories sociales (les maîtres d’écoles, chanteurs, scribes etc.). Sa démarche constante est de poser question sur des réponses communément admises : recourir à la rationalité, refuser les idées préconçues, tout ceci dans un style habile et élégant.

Poètes et auteurs abbassides : Ibn Al-Muqaffa’

Poètes et auteurs abbassides :

Ibn Al-Muqaffa’

Ibn Al-Muqaffa’

D’origine persane , il est né vers 720 de notre ère. D’origine iranienne, il embrassa l’Islam tardivement . Il rejoint Bassorah, capitale culturelle de l’époque et devient secrétaire à la cour des califes. En 757, le gouverneur de Bassorah, Sufyân Bnu Mu’âwiya décide de l’exécuter pour des raisons politiques.

Kalila wa Dimna

Il fut l’un des premiers à traduire des oeuvres persannes et Hindoues vers l’arabe et le premier prosateur de la littérature arabe. L’oeuvre qui l’a fait connaître en Occident est certainement Kalila wa Dimna (Kalila et Dimna). Il s’agit de la traduction des fables de Bidpaï. A l’origine, ces histoires d’animaux indiennes auraient été inscrites en sanscrit vers 200, puis traduite en persan et au V ième siècle en syriaque.

Ibn al-Muqaffa’ réalisa une traduction en arabe vers 750. Plutôt une adaptation conforme à ses préoccupations. Premier grand prosateur de langue arabe donc, et haut dignitaire du régime , Il consacra l’essentiel des ses écrits à l’éthique politique, sa conception du pouvoir et à l’adab en général, comme on le verra plus loin pour ses autres grandes œuvres.
Sous la forme voilée de la fable, deux chacals rapportent , au long de 18 chapitres des anecdotes (à raison d’une histoires par chapitre), relatent des intrigues de cours , donnent des conseils, édictent des règles de conduites visiblement adressées aux humains.

Ce recueil, destiné à l’origine à l’éducation des princes eut une audience beaucoup plus large et intéressa tous les publics lettrés de l’empire. Kalila et Dimna inspira La Fontaine.

La version d’Ibn al-Muqaffa’ fut abondamment traduite, en persan, en turc, mongol, latin et inspira de nombreux écrivains. Des exemplaires, enluminés ou non, rapportés par des savants ou des ambassadeurs, enrichirent les grandes bibliothèques européennes. En 1644, une version française, réalisée à partir d’une nouvelle traduction persane du texte d’Ibn al-Muqaffa’, fut publiée par Gilbert Gaulmin. La Fontaine emprunta aux histoires de Kalîla et Dimna les éléments ou la trame de quelques-unes de ses Fables : Le Chat, la Belette et le Petit Lapin, Le Chat et le Rat, Les Deux Pigeons, La Laitière et le Pot au lait…

L’ adab

Il s’agit de la première tentative formelle de définir l’Adab. Dans ses ouvrages, Ibn al-Muqaffa’ analyse les échanges humains et s’intéresse tout particulièrement au langage, et à l’importance du silence dans l’acte de communication. Parmi ses principaux sujets de prédilection, le pouvoir et l’amitié. La réflexion d’Ibn al-Muqaffa’ s’articule autour de deux concepts clés, à savoir la raison et l’Adab. Pour lui, la raison est une faculté innée de l’homme, mais qui nécessite l’adab pour se révéler.

Son oeuvre al-Adab al-Kabîr (Le Grand Adab) s’inscrit dans le genre qui remportera un grand succès dans la littérature occidentale du Moyen-Age, à savoir celui du Miroir des Princes. Ce genre est un de ceux parmi lesquels Ibn al-Muqaffa’ se distinguera le plus. Il est l’inventeur du principe : l’auteur écrit à un destinataire réel ou fictif pour lui faire part de ses conseils dans divers domaines. (Le genre est appelé risâla : épître).

Dans ses autres ouvrages ; Ibn al-Muqaffa’ traite explicitement de la politique, l’organisation administrative (impôts) et militaire, les institutions religieuses mais surtout du rôle du  » Prince  » (en l’occurrence le calife al-Mansûr) ainsi que celui de son conseiller. Il évoque aussi des problèmes sociaux tels que la corruption. Quoiqu’il en soit, la question du pouvoir reste essentielle à travers tous ses écrits.

Sciences et culture sous les abbassides

Sciences et culture sous les abbassides

Sciences et culture sous les abbassides

 

Globalement, et pour résumer à l’extrême, disons que les moments les plus forts du règne abbassides sur le plan de la culture sont :
1- la création du  » beyt al-hikma  » (maison de la sagesse)
2- l’essor fantastique des sciences dans tous les domaines connus de l’époque
3- l’assimilation massive , synthétique d’autres cultures dont notamment la culture persanne
4- l’émergence dans le domaine littéraire à proprement parler de la prose.

Beyt al-hikma, Maison de la Sagesse (ou de la science)

L’œuvre scientifique de l’islam avait donc commencé à la fin des Omeyyades. Elle fut poursuivie par les Abbassides et reçut une impulsion décisive quand fut fondée à Bagdad, vers 800, le Beyt al-Hikma,  » la Maison de la sagesse  » (ou de la Science), qui centralisa les recherches jusqu’alors dispersées.

 

La première tâche de la Maison de la science fut la traduction systématique des textes anciens, commencée sous les Omeyyades. C’est grâce à ces traductions que maints ouvrages ont été connus en Europe, voire qu’ils ont été sauvés de l’oubli. C’est grâce à elles que naquit, très tôt, la prose arabe, avec l’excellente version par Ibn al-Muqaffa (vers 721-757) des fables de l’Indien Bidpay qui seront si abondamment illustrées par les miniaturistes et parviendront jusqu’à La Fontaine qui s’en inspira abondamment. Alors seulement commença le travail créatif. Entre cette fin du VIIIe siècle et le début du Xe siècle, les fondements de tout ce qui assurera la suprématie scientifique et culturelle des musulmans sont posés, tandis que s’affirme cette tendance très remarquable de l’esprit à l’encyclopédisme : ne pas demeurer enfermé dans sa spécialité, mais s’intéresser à tout. Les plus célèbres représentants en seront Mas’udi (mort en 957), puis Biruni, le plus grand savant de l’islam (973-1050). Certes quelques maîtres seront avant tout médecins, comme al-Razi – Rhazes – (868-vers 925), le génial précurseur d’Ibn Sina, notre Avicenne (vers 980-1037), ou astrologues comme al-Farghani (mort après 861), Abu Mas’har (mort en 886), al-Battani (mort en 929) dont l’Europe, en les étudiant, latinisera les noms en Albatenius, Alfraganus, …

 

Al-Khwarizmi mort aux environs de 846, est considéré comme le fondateur de l’algèbre, science que nous nommons par le premier mot de son livre al-Jabr wal-Muqabala, où le premier terme al-Jabr,  » restauration « , désigne l’opération de se débarrasser des termes négatifs apparaissant dans l’un des membres de l’équation et le second terme al-Muqabala,  » opposition « , est l’opération de réduction des termes de même degré.

 

Le fantastique essor des mathématiques, et dans une moindre mesure celui non moindre de l’astronomie et de l’astrologie – les deux étant naturellement liées – sont rendus possibles par l’adoption des chiffres indiens, dits arabes, plus maniables que les romains pour les opérations, la découverte du zéro et des nombres négatifs. Les études philosophiques ont déjà leurs maîtres avec le pur Arabe qu’est al-Kindi (mort vers 879) et le Turc al-Farabi (mort vers 950), l’histoire avec Tabari (835-923), la géographie avec Ibn Hauqal (mort en 977). Il faudrait mentionner les zoologues, les botanistes, les physiciens, les chimistes, pour ne pas parler des sciences appliquées à la navigation, à l’irrigation et à l’agriculture – moulins à eau et à vent -, au tissage, au cuir, à la verrerie, à la céramique, aux métaux…

 

Mais ceci fera l’objet d’un dossier spécial à paraître prochainement sur notre site.

Abbassides et influences de la culture iranienne

Abbassides et influences de la culture iranienne

Abbassides et influences de la culture iranienne

Officiellement parvenus au pouvoir en 750 les abbassides ont disparu, victimes des Mongols, en 1258. Dès le milieu du Xe siècle, ils ne sont plus souverains du monde musulman que de nom et les nouveaux maîtres ne leur laissent qu’un pouvoir spirituel assez limité, avec le prestige d’être califes, successeurs de Mahomet à la tête de la communauté musulmane, la umma. Ils ont entièrement achevé leur œuvre, mais ils l’ont si bien menée, elle est si solide, que l’impulsion donnée continuera pendant un millénaire et survivra pour l’essentiel. Outre le fantastique essor des sciences et de la culture en général, on retiendra surtout de leur règne ; le développement des sentiments religieux et la richesse, l’éclat, la pompe, la recherche éperdue des plaisirs, l’imitation des fastes romains et byzantins ainsi que ceux de l’ancienne monarchie des Perses sassanides prise comme exemple par la cour.

 

Les grands bénéficiaires de la « révolution abbasside » furent les Iraniens. On leur donne des gages en les plaçant à des postes de confiance, en mettant entre leurs mains les leviers de commande : on appelle les Barmakides aux fonctions de vizir, qu’ils en portent ou non le titre ; on transfère la capitale de Damas, à Baghdad.

 

Le rôle de la culture iranienne dans la formation de l’art et de la civilisation islamiques, quasi insignifiant à Damas, s’accroît. Le persan, détrôné par l’arabe, parvient à survivre, alors qu’en Syrie, en Iraq, en Égypte, le grec et le copte disparaissent à peu près complètement et qu’au Maghreb le berbère perd beaucoup de ses positions. Dès les IXe et Xe siècles, le persan fait son retour et il triomphe avec le chef-d’œuvre du Chah-name de Firdusi, nommé le Homère de l’Iran, mais qui en serait plutôt le Dante, parce que, comme lui, il assure l’existence d’un idiome vernaculaire face à une langue officielle et sacrée.

 

Dans un empire aussi étendu, les gouverneurs jouissaient d’une relative autonomie et préparaient la voie à sa dislocation. Après les règnes glorieux d’al-Mansur (754-775) de Harun al-Rachid (819-833), d’al-Mamun (819-833), d’al-Mu’tasim (833-842), celui d’al-Mutawakkil (847-861) annonce le déclin.

Prise de pouvoir par des abbassides

Prise de pouvoir par des abbassides

Prise de pouvoir par des abbassides

Globalement, on peut dire que les premiers califes (Compagnons du prophète), puis leurs successeurs omeyyades ont permis de finaliser les conquêtes et d’asseoir le socle définitif sur lequel allait s’épanouir définitivement ce que l’on appelle aujourd’hui la culture arabo-musulmane, grâce notamment à l’émergence d’une nouvelle dynastie – les abbassides- qui allaient régner de 749 à 1242. C’est sous leur règne que la culture en général et la littérature arabes ont gagné leurs lettres de noblesse et un niveau de raffinement jamais égalé.

La fin des Omeyyades

Les Omeyyades (661-750), qui ont remplacé le califat électif des premiers temps de l’islam (632-661) par une monarchie héréditaire et qui ont fixé leur capitale à Damas, ont éveillé beaucoup de mécontentement tant parmi les musulmans que dans la masse des peuples soumis aux Arabes, et au premier chef celui de la famille du Prophète qui affirme que le pouvoir doit lui revenir. Celle-ci comprend les petits-enfants de Mahomet, issus de sa fille et d’Ali, vaincus naguère à Kerbela (680) et les descendants d’un oncle du Prophète, Abbas, qui agissent dans l’ombre. Ayant déjà l’oreille de quelques Arabes, ces derniers envoient, dès 718, des émissaires en Iran oriental, au Khorassan, en Transoxiane, où ils pensent à juste titre être mieux accueillis qu’ailleurs. Cette agitation souterraine porte ses fruits. Chrétiens, juifs, mazdéens et musulmans convertis de fraîche date apportent leur soutien. Enfin Abu Muslim les réunit en une armée et marche sur Damas. Les Omeyyades sont massacrés et remplacés par les descendants d’Abbas, les Abbassides.

Déclin de la littérature arabe classique

Déclin de la littérature arabe classique

Déclin de la littérature arabe classique

L’expansion des populations arabes aux VIIe et VIIIe siècles les firent entrer en contact avec une variété de peuples différents qui ont, peu à peu, influencé leur culture. L’ancienne civilisation perse fut, de toutes, celle qui eu l’impact le plus important sur la littérature arabe. La Perse aimait toujours à se considérer comme la quintessence de la culture islamique en dépit de la régression de son influence depuis plusieurs siècles.  » Shu’ubiyya  » est le nom de la querelle qui opposait la vie rude, rurale et désertique des Arabes à celle du monde perse, plus aisée et plus raffinée. Bien que cela ait provoqué des débats passionnés parmi les érudits et contribué à la diversification des styles littéraires, ce ne fut pas un conflit préjudiciable car il y avait plus important à faire à l’époque, comme par exemple de forger une identité culturelle islamique unique. L’écrivain persan Bashshar ibn Burd résuma sa propre position dans les quelques lignes de poésie suivante :

Jamais il ne chanta les chants des chameaux derrière une bête galeuse,

Ni ne transperça la coloquinte amère, complètement affamé

Ni ne déterra un lézard du sol et le mangea…

L’héritage culturel des habitats arabes du désert a continué à montrer son influence même si de nombreux écrivains et érudits vivaient dans les grandes cités arabes. Lorsque Khalid ibn Ahmad a énuméré les parties de poésie, il nomma les strophes « bayt », ce qui signifie « tente », et les pieds « sabah », ce qui signifie « corde de tente ». Même au cours du XXème siècle cette nostalgie pour la vie simple du désert apparaissait dans la littérature ou du moins les écrits postérieurs étaient consciencieusement remis au goût du jour. Une lente résurgence du persan et une délocalisation du gouvernement et des principaux centres d’apprentissage à Bagdad réduisirent la production de la littérature arabe. Les thèmes et les genres de la prose arabe furent majoritairement repris en persan par des auteurs comme Omar Khayyam, Attar et Rumi, qui furent tous manifestement influencés par les premières œuvres. Au début, la langue arabe conserva son importance dans les domaines politique et administratif, mais avec l’ascension de l’Empire ottoman son usage fut restreint à celui de la religion uniquement. C’est ainsi qu’à côté du persan, les nombreuses variantes des langues turques domineront la littérature des régions arabes jusqu’au XXe siècle, tout en intégrant quelques influences sporadiques de l’arabe.

Bibliographie indicative

– Jacques berque : les Arabes, Sindbad, 1973

– A. Miquel : les 1001 nuits, Gallimard/ la pléiade

– la littérature arabe , PUF 1969

– Pierre Larcher : Les mu’allaqât ou les 7 poèmes pré-islamiques Ed Fata Morgana

– Marc Bergé, Les Arabes, Ed philippe Auzou-Lidis 1983

– Haroun al-Rachid et le temps des Mille et une nuits André Clot Fayard, Paris, 1986

Biographies, Chroniques et Récits de voyages

Biographies, Chroniques et Récits de voyages

biographies, chroniques et récits de voyages

En dehors des premières biographies de Mahomet, le premier biographe majeur à approfondir des personnages plutôt que de se limiter à la rédaction d'hymnes de louange fut al-Baladhuri qui, avec son Kitab ansab al-ashraf ou " Livre des généalogies des nobles ", présente une véritable collection de biographies. Un autre dictionnaire biographique important fut commencé par ibn Khallikan puis complété par al-Safadi. Enfin le Kitab al-I'tibar, qui nous relate la vie de Usamah ibn Munqidh et son expérience des batailles des croisades, constitua une des premières autobiographies d'importance.

Ibn Khurradadhbih, apparemment un fonctionnaire du service postal de l'époque, écrivit un des tout premiers guides de voyage. La forme se popularisa par la suite dans la littérature arabe à travers les ouvrages d'ibn Hawqal, d'ibn Fadlan, d'al-Istakhri, d'al-Muqaddasi, d'al-Idrisi ainsi que ceux d'Ibn Battûta dont les voyages restèrent mémorables. Ces ouvrages donnèrent une vision fascinante des nombreuses cultures du vaste monde islamique et offrirent également des perspectives de conversion des peuples non musulmans aux extrémités de l'empire. Ils firent connaître également à quel point les musulmans étaient devenus une puissance commerciale de premier plan.

biographies, chroniques et récits de voyages
biographies, chroniques et récits de voyages

Le plus souvent, ces ouvrages prenaient la forme de comptes rendus foisonnant de détails géographiques et historiques. Ils donnèrent naissance à un genre littéraire à part entière que l'on nomme en arabe : rihla (ce qui traduit signifie "voyage".) Certains écrivains se concentrèrent sur l'histoire en général, comme al-Ya'qubi et al-Tabari, alors que d'autres se focalisèrent sur des périodes et des lieux précis, comme ibn al-Azraq qui relate l'histoire de la Mecque ou ibn Abi Tahir Tayfur qui écrivit celle de Bagdad. Parmi les historiens arabes, c'est ibn Khaldun qui est considéré comme le plus grand penseur. Sa chronique Muqaddima, qui prend pour objet d'étude la société, est un texte fondateur de la sociologie et de l'économie arabe.

La maqâma ou prose littéraire

La maqâma ou prose littéraire

La maqâma ou prose littéraire

Le genre dit maqâma (séance)

Le genre maqâma (une forme intermédiaire de prose rimée), ne dépasse pas seulement l’opposition entre prose et poésie : elle est aussi une voie intermédiaire entre les genres fictionnel et non fictionnel. En dehors des séries de courts récits qui sont des fictions tirées de situations de la vie réelle, d’autres thèmes sont envisagés. Un exemple célèbre est la Maqâma sur le musc, qui se présente comme une comparaison des caractéristiques de différents parfums, mais qui est en fait une satire politique masquée faisant la comparaison entre plusieurs souverains concurrents.

 

La maqâma fait également usage de la doctrine du « badi » qui consiste en l’addition délibérée de tournures littéraires complexes destinées à montrer la dextérité langagière de l’écrivain. Al-hamadhani est considéré comme le fondateur du genre maqâma et ses travaux furent repris par Abu Muhammad al-Qasim al-Hariri, rédacteur d’une maqâma qui constitue une étude des travaux d’Al-Hamadhani lui-même. La maqâma fut un genre incroyablement populaire de la littérature arabe. Elle fut l’une des rares formes que l’on continua à utiliser durant le déclin de la littérature arabe au XVIIe et XVIIIe siècle.

Les Mille et une nuits : œuvre littéraire fictionnelle

Les Mille et une nuits : œuvre littéraire fictionnelle

Images extraites de l'oeuvre de Lydie Le Gal : Les mille et une nuits

les amphores de Salomon
les amphores de Salomon
les amphores de Salomon

les amphores de Salomon

Il y a donc comparativement peu de fiction en prose dans la littérature arabe, bien que de nombreuses œuvres non-fictionnelles contiennent de courtes histoires. Une large proportion de celles-ci ont probablement été inventées de toutes pièces ou embellies.

Les contes des Mille et Une Nuits, qui sont parmi les plus connus de la littérature arabe et qui ont toujours un impact important sur les idées que les non-Arabes ont de la culture arabe, constituent cependant une exception notable à l'absence de fiction. Bien que considérés comme d'origine arabe, ils furent en fait développés à partir d'œuvres persanes, et les histoires elle-même ont peut-être des racines en Inde. Les histoires d'Aladin et la lampe merveilleuse et d'Ali Baba constituent de bons exemples de l'absence de prose fictionnelle populaire en arabe. Habituellement considérées comme des épisodes des Mille et Une Nuits, elles ne font en fait pas partie des contes originaux. Elles y furent incluses pour la première fois dans la traduction française des contes par Antoine Galland, qui les avaient entendus de la bouche d'un conteur traditionnel.

Auparavant elles n'existaient que dans des manuscrits arabes incomplets. L'autre personnage haut en couleur de la littérature arabe fictionnelle, Sinbad, provient bien, lui, des Mille et Une Nuits. Les Mille et Une Nuits sont généralement rangées dans le genre de la littérature arabe épique, au côté de nombreuses autres œuvres. Ce sont habituellement des collections de courtes histoires ou d'épisodes enfilés ensemble dans un long conte unique. Les versions étendues furent consignées par écrit, la plupart du temps assez tardivement, après le XIVe siècle, quoique nombre d'entre elles fussent indubitablement collectées plus tôt et que plusieurs des histoires originelles remontent probablement à l'époque pré-islamique. Dans ces collections on peut trouver de nombreux types d'histoires différentes telles que : des fables animales, des proverbes, des histoires sur le Jihad et la propagation de la foi, des contes humoristiques, des contes moraux, et même des contes traitant de personnages caractéristiques comme l'escroc rusé Ali Zaybaq ou le farceur Juha.