Abbassides et influences de la culture iranienne

Abbassides et influences de la culture iranienne

Abbassides et influences de la culture iranienne

Officiellement parvenus au pouvoir en 750 les abbassides ont disparu, victimes des Mongols, en 1258. Dès le milieu du Xe siècle, ils ne sont plus souverains du monde musulman que de nom et les nouveaux maîtres ne leur laissent qu’un pouvoir spirituel assez limité, avec le prestige d’être califes, successeurs de Mahomet à la tête de la communauté musulmane, la umma. Ils ont entièrement achevé leur œuvre, mais ils l’ont si bien menée, elle est si solide, que l’impulsion donnée continuera pendant un millénaire et survivra pour l’essentiel. Outre le fantastique essor des sciences et de la culture en général, on retiendra surtout de leur règne ; le développement des sentiments religieux et la richesse, l’éclat, la pompe, la recherche éperdue des plaisirs, l’imitation des fastes romains et byzantins ainsi que ceux de l’ancienne monarchie des Perses sassanides prise comme exemple par la cour.

 

Les grands bénéficiaires de la « révolution abbasside » furent les Iraniens. On leur donne des gages en les plaçant à des postes de confiance, en mettant entre leurs mains les leviers de commande : on appelle les Barmakides aux fonctions de vizir, qu’ils en portent ou non le titre ; on transfère la capitale de Damas, à Baghdad.

 

Le rôle de la culture iranienne dans la formation de l’art et de la civilisation islamiques, quasi insignifiant à Damas, s’accroît. Le persan, détrôné par l’arabe, parvient à survivre, alors qu’en Syrie, en Iraq, en Égypte, le grec et le copte disparaissent à peu près complètement et qu’au Maghreb le berbère perd beaucoup de ses positions. Dès les IXe et Xe siècles, le persan fait son retour et il triomphe avec le chef-d’œuvre du Chah-name de Firdusi, nommé le Homère de l’Iran, mais qui en serait plutôt le Dante, parce que, comme lui, il assure l’existence d’un idiome vernaculaire face à une langue officielle et sacrée.

 

Dans un empire aussi étendu, les gouverneurs jouissaient d’une relative autonomie et préparaient la voie à sa dislocation. Après les règnes glorieux d’al-Mansur (754-775) de Harun al-Rachid (819-833), d’al-Mamun (819-833), d’al-Mu’tasim (833-842), celui d’al-Mutawakkil (847-861) annonce le déclin.

Prise de pouvoir par des abbassides

Prise de pouvoir par des abbassides

Prise de pouvoir par des abbassides

Globalement, on peut dire que les premiers califes (Compagnons du prophète), puis leurs successeurs omeyyades ont permis de finaliser les conquêtes et d’asseoir le socle définitif sur lequel allait s’épanouir définitivement ce que l’on appelle aujourd’hui la culture arabo-musulmane, grâce notamment à l’émergence d’une nouvelle dynastie – les abbassides- qui allaient régner de 749 à 1242. C’est sous leur règne que la culture en général et la littérature arabes ont gagné leurs lettres de noblesse et un niveau de raffinement jamais égalé.

La fin des Omeyyades

Les Omeyyades (661-750), qui ont remplacé le califat électif des premiers temps de l’islam (632-661) par une monarchie héréditaire et qui ont fixé leur capitale à Damas, ont éveillé beaucoup de mécontentement tant parmi les musulmans que dans la masse des peuples soumis aux Arabes, et au premier chef celui de la famille du Prophète qui affirme que le pouvoir doit lui revenir. Celle-ci comprend les petits-enfants de Mahomet, issus de sa fille et d’Ali, vaincus naguère à Kerbela (680) et les descendants d’un oncle du Prophète, Abbas, qui agissent dans l’ombre. Ayant déjà l’oreille de quelques Arabes, ces derniers envoient, dès 718, des émissaires en Iran oriental, au Khorassan, en Transoxiane, où ils pensent à juste titre être mieux accueillis qu’ailleurs. Cette agitation souterraine porte ses fruits. Chrétiens, juifs, mazdéens et musulmans convertis de fraîche date apportent leur soutien. Enfin Abu Muslim les réunit en une armée et marche sur Damas. Les Omeyyades sont massacrés et remplacés par les descendants d’Abbas, les Abbassides.

Déclin de la littérature arabe classique

Déclin de la littérature arabe classique

Déclin de la littérature arabe classique

L’expansion des populations arabes aux VIIe et VIIIe siècles les firent entrer en contact avec une variété de peuples différents qui ont, peu à peu, influencé leur culture. L’ancienne civilisation perse fut, de toutes, celle qui eu l’impact le plus important sur la littérature arabe. La Perse aimait toujours à se considérer comme la quintessence de la culture islamique en dépit de la régression de son influence depuis plusieurs siècles.  » Shu’ubiyya  » est le nom de la querelle qui opposait la vie rude, rurale et désertique des Arabes à celle du monde perse, plus aisée et plus raffinée. Bien que cela ait provoqué des débats passionnés parmi les érudits et contribué à la diversification des styles littéraires, ce ne fut pas un conflit préjudiciable car il y avait plus important à faire à l’époque, comme par exemple de forger une identité culturelle islamique unique. L’écrivain persan Bashshar ibn Burd résuma sa propre position dans les quelques lignes de poésie suivante :

Jamais il ne chanta les chants des chameaux derrière une bête galeuse,

Ni ne transperça la coloquinte amère, complètement affamé

Ni ne déterra un lézard du sol et le mangea…

L’héritage culturel des habitats arabes du désert a continué à montrer son influence même si de nombreux écrivains et érudits vivaient dans les grandes cités arabes. Lorsque Khalid ibn Ahmad a énuméré les parties de poésie, il nomma les strophes « bayt », ce qui signifie « tente », et les pieds « sabah », ce qui signifie « corde de tente ». Même au cours du XXème siècle cette nostalgie pour la vie simple du désert apparaissait dans la littérature ou du moins les écrits postérieurs étaient consciencieusement remis au goût du jour. Une lente résurgence du persan et une délocalisation du gouvernement et des principaux centres d’apprentissage à Bagdad réduisirent la production de la littérature arabe. Les thèmes et les genres de la prose arabe furent majoritairement repris en persan par des auteurs comme Omar Khayyam, Attar et Rumi, qui furent tous manifestement influencés par les premières œuvres. Au début, la langue arabe conserva son importance dans les domaines politique et administratif, mais avec l’ascension de l’Empire ottoman son usage fut restreint à celui de la religion uniquement. C’est ainsi qu’à côté du persan, les nombreuses variantes des langues turques domineront la littérature des régions arabes jusqu’au XXe siècle, tout en intégrant quelques influences sporadiques de l’arabe.

Bibliographie indicative

– Jacques berque : les Arabes, Sindbad, 1973

– A. Miquel : les 1001 nuits, Gallimard/ la pléiade

– la littérature arabe , PUF 1969

– Pierre Larcher : Les mu’allaqât ou les 7 poèmes pré-islamiques Ed Fata Morgana

– Marc Bergé, Les Arabes, Ed philippe Auzou-Lidis 1983

– Haroun al-Rachid et le temps des Mille et une nuits André Clot Fayard, Paris, 1986

Biographies, Chroniques et Récits de voyages

Biographies, Chroniques et Récits de voyages

biographies, chroniques et récits de voyages

En dehors des premières biographies de Mahomet, le premier biographe majeur à approfondir des personnages plutôt que de se limiter à la rédaction d'hymnes de louange fut al-Baladhuri qui, avec son Kitab ansab al-ashraf ou " Livre des généalogies des nobles ", présente une véritable collection de biographies. Un autre dictionnaire biographique important fut commencé par ibn Khallikan puis complété par al-Safadi. Enfin le Kitab al-I'tibar, qui nous relate la vie de Usamah ibn Munqidh et son expérience des batailles des croisades, constitua une des premières autobiographies d'importance.

Ibn Khurradadhbih, apparemment un fonctionnaire du service postal de l'époque, écrivit un des tout premiers guides de voyage. La forme se popularisa par la suite dans la littérature arabe à travers les ouvrages d'ibn Hawqal, d'ibn Fadlan, d'al-Istakhri, d'al-Muqaddasi, d'al-Idrisi ainsi que ceux d'Ibn Battûta dont les voyages restèrent mémorables. Ces ouvrages donnèrent une vision fascinante des nombreuses cultures du vaste monde islamique et offrirent également des perspectives de conversion des peuples non musulmans aux extrémités de l'empire. Ils firent connaître également à quel point les musulmans étaient devenus une puissance commerciale de premier plan.

biographies, chroniques et récits de voyages
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Le plus souvent, ces ouvrages prenaient la forme de comptes rendus foisonnant de détails géographiques et historiques. Ils donnèrent naissance à un genre littéraire à part entière que l'on nomme en arabe : rihla (ce qui traduit signifie "voyage".) Certains écrivains se concentrèrent sur l'histoire en général, comme al-Ya'qubi et al-Tabari, alors que d'autres se focalisèrent sur des périodes et des lieux précis, comme ibn al-Azraq qui relate l'histoire de la Mecque ou ibn Abi Tahir Tayfur qui écrivit celle de Bagdad. Parmi les historiens arabes, c'est ibn Khaldun qui est considéré comme le plus grand penseur. Sa chronique Muqaddima, qui prend pour objet d'étude la société, est un texte fondateur de la sociologie et de l'économie arabe.

La maqâma ou prose littéraire

La maqâma ou prose littéraire

La maqâma ou prose littéraire

Le genre dit maqâma (séance)

Le genre maqâma (une forme intermédiaire de prose rimée), ne dépasse pas seulement l’opposition entre prose et poésie : elle est aussi une voie intermédiaire entre les genres fictionnel et non fictionnel. En dehors des séries de courts récits qui sont des fictions tirées de situations de la vie réelle, d’autres thèmes sont envisagés. Un exemple célèbre est la Maqâma sur le musc, qui se présente comme une comparaison des caractéristiques de différents parfums, mais qui est en fait une satire politique masquée faisant la comparaison entre plusieurs souverains concurrents.

 

La maqâma fait également usage de la doctrine du « badi » qui consiste en l’addition délibérée de tournures littéraires complexes destinées à montrer la dextérité langagière de l’écrivain. Al-hamadhani est considéré comme le fondateur du genre maqâma et ses travaux furent repris par Abu Muhammad al-Qasim al-Hariri, rédacteur d’une maqâma qui constitue une étude des travaux d’Al-Hamadhani lui-même. La maqâma fut un genre incroyablement populaire de la littérature arabe. Elle fut l’une des rares formes que l’on continua à utiliser durant le déclin de la littérature arabe au XVIIe et XVIIIe siècle.

Les Mille et une nuits : œuvre littéraire fictionnelle

Les Mille et une nuits : œuvre littéraire fictionnelle

Images extraites de l'oeuvre de Lydie Le Gal : Les mille et une nuits

les amphores de Salomon
les amphores de Salomon
les amphores de Salomon

les amphores de Salomon

Il y a donc comparativement peu de fiction en prose dans la littérature arabe, bien que de nombreuses œuvres non-fictionnelles contiennent de courtes histoires. Une large proportion de celles-ci ont probablement été inventées de toutes pièces ou embellies.

Les contes des Mille et Une Nuits, qui sont parmi les plus connus de la littérature arabe et qui ont toujours un impact important sur les idées que les non-Arabes ont de la culture arabe, constituent cependant une exception notable à l'absence de fiction. Bien que considérés comme d'origine arabe, ils furent en fait développés à partir d'œuvres persanes, et les histoires elle-même ont peut-être des racines en Inde. Les histoires d'Aladin et la lampe merveilleuse et d'Ali Baba constituent de bons exemples de l'absence de prose fictionnelle populaire en arabe. Habituellement considérées comme des épisodes des Mille et Une Nuits, elles ne font en fait pas partie des contes originaux. Elles y furent incluses pour la première fois dans la traduction française des contes par Antoine Galland, qui les avaient entendus de la bouche d'un conteur traditionnel.

Auparavant elles n'existaient que dans des manuscrits arabes incomplets. L'autre personnage haut en couleur de la littérature arabe fictionnelle, Sinbad, provient bien, lui, des Mille et Une Nuits. Les Mille et Une Nuits sont généralement rangées dans le genre de la littérature arabe épique, au côté de nombreuses autres œuvres. Ce sont habituellement des collections de courtes histoires ou d'épisodes enfilés ensemble dans un long conte unique. Les versions étendues furent consignées par écrit, la plupart du temps assez tardivement, après le XIVe siècle, quoique nombre d'entre elles fussent indubitablement collectées plus tôt et que plusieurs des histoires originelles remontent probablement à l'époque pré-islamique. Dans ces collections on peut trouver de nombreux types d'histoires différentes telles que : des fables animales, des proverbes, des histoires sur le Jihad et la propagation de la foi, des contes humoristiques, des contes moraux, et même des contes traitant de personnages caractéristiques comme l'escroc rusé Ali Zaybaq ou le farceur Juha.

Rareté des œuvres de fiction dans la littérature arabe médiévale

Rareté des œuvres de fiction
dans la littérature arabe médiévale

Rareté des œuvres de fiction
dans la littérature arabe médiévale

L’aspect le plus frappant dans la littérature arabe médiévale est l’absence quasi totale d’œuvres de fiction. Le roman et la nouvelle ne sont rentrés comme genres littéraires dans les habitudes que très tardivement, avec la Nahda, empruntés directement à l’Occident.
 
Globalement, Kalila et Dimna , le genre appelé maqâmât (séances), qu’on verra plus loin et les Mille et une Nuits sont les seules œuvres qu’on pourrait désigner de « fiction » au sens moderne du terme. Néanmoins, l’immense littérature médiévale est riche du point de vue des sujets abordés, souvent sans  » censure  » ni tabous.
 
Le Kitab-al-Fihrist , oeuvre d’un libraire Baghdâdî , Ibn al-Nadim est un catalogue de tous les livres disponibles à la vente à Bagdad et il donne une fascinante vision d’ensemble de l’état de la littérature de cette époque. Une des formes de littérature les plus fréquentes durant la période des Abbassides fut -comme on l’a vu- la compilation. Il s’agissait de collections de faits, d’idées, de poèmes et d’histoires instructives traitant d’un seul thème à la fois et recouvrant des sujets aussi divers que la maison et le jardin, les femmes, les resquilleurs, les aveugles, la jalousie, les animaux et l’avarice. Les trois dernières de ces compilations furent écrites par al-Jahiz, un maître incontesté du genre.
 
Ces collections furent très utiles aux nadim (compagnon d’un chef ou d’un noble) dont le rôle était souvent de régaler leur maître avec des histoires et des nouvelles utilisées pour distraire ou pour conseiller. Un autre type d’œuvre fut associé de près aux collections : il s’agit du manuel, dans lequel les écrivains comme ibn Qutaybah donnèrent des instructions sur des sujets comme l’étiquette, la manière de gouverner, d’être un bon bureaucrate et même d’écrire. Ibn Qutaybah écrivit également l’une des toutes premières histoires du peuple arabe en puisant à la fois dans les histoires bibliques et dans les contes populaires, mais aussi et surtout en se référant aux événements historiques.
 
Le thème de la sexualité fut fréquemment exploré dans la littérature arabe. Le ghazal ou poème d’amour a une longue histoire, étant parfois tendre et pur, et à d’autres moments beaucoup plus explicite. Dans la tradition soufie, les poèmes d’amour connaîtront une large portée mystique et religieuse. Des guides sexuels furent également rédigés, comme « Le jardin parfumé », le Tawq al-hamamah (« Collier de la colombe ») de ibn Hazm et le Nuzhat al-albab fi-ma la yujad fi kitab (« Jubilation des cœurs concernant ce qui ne sera jamais trouvé dans un livre ») de Ahmad al-Tifachi. D’autres ouvrages s’opposeront à de telles œuvres, comme le Rawdat al-muhibbin wa-nuzhat al-mushtaqin (« La prairie des amoureux et la distraction des amoureux éperdus ») de ibn Qayyim al-Jawziyyah, qui donne des conseils sur la manière de séparer l’amour et la luxure et ainsi d’éviter le péché.

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Labîd bnu Rabî’a

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Labîd bnu Rabî’a

Littérature arabe à l'époque de la jâhiliyya : Labîd bnu Rabî'a

Labîd bnu Rabî’a : (de 560 à 661 après J.-C)

Labîd appartenait à la tribu des Beni’Amir ben Sa’sa’a ; il est décrit comme un guerrier valeureux et généreux, défenseur des siens. Ses textes mettent en scène de nombreuses batailles. Ses talents de poète lui servent également à la diplomatie : proche des ghassanides, il put cependant éviter que le roi lakhmide en place, d’abord favorable aux Beni Asad, ne prenne parti contre eux. Lui et les siens se convertirent à l’islam vers 629 ; il renonça alors à la poésie. Il se serait éteint à Koufa, âgé de plus de cent ans.

Voici, dans sa mu’allaqa deux petits extraits traduits par Pierre Larcher qui montrent l’importance qu’il accorde à la tribu (v. 81-82) :



Chaque peuple a sa loi et, pour sa loi, un guide !

Ils ne sont pas flétris ni leur geste abolie

Leur patience, avec la passion, ne fléchit pas!

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Antar bnu shaddâd

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Antar bnu shaddâd

Littérature arabe à l'époque de la jâhiliyya : Antar bnu shaddâd

Antar (Antara bnu Shaddâd al-‘Absî  (de 525 à 615 après J-C )

fut un poète arabe pré-islamique du VIe siècle, fils de Chaddâd, seigneur de la tribu des Beni ‘Abs.

Antar est né d’une servante abyssinienne, ce qui lui valu un mépris auquel il ne put échapper que quand son père lui demanda de participer à une contre-attaque sur des tribus qui avaient attaqué les Beni ‘Abs. Il montra beaucoup de bravoure et de générosité, ce qui lui permis, entre autre, de pouvoir séduire Abla, sa cousine, dont le cœur lui avait été longtemps refusé à cause de ses origines.

Une grande partie de sa mu’allaqa décrit son comportement au combat ; Antar devait participer à de nombreuses batailles, notamment à celles de la guerre de Dahis et El Ghabra, née d’un litige entre deux tribus. Antar périt en 615, assassiné.

Il nous reste de son œuvre de courtes stances lyriques, réunies dans le Divan d’Antar, et il est l’auteur reconnu d’une des sept Mu’allakât, , qui se compose de 75 vers du mètre Kâmil.

Ce personnage, notable par son esprit chevaleresque et sa bravoure, se retrouve dans un roman de chevalerie du Xe siècle, Le Roman d’Antar, et dans la symphonie No. 2 de Rimski-Korsakov.

Ses aventures ont fait le sujet du Roman d’Antar, épopée chevaleresque écrite dans un arabe très pur, et qui a joui en Orient, et particulièrement en Syrie, d’une renommée égale à celle des Mille et Une Nuits. Il constitue un monument précieux sur les temps anté-islamiques. Son auteur serait, d’après l’historien Ibn-abi-Oçaibyya, le médecin Aboul-Moyyed-Mohammed-Ibn-el-Modjeli, qui vivait au XIIe siècle. Mais il semblerait que le texte actuel ne soit que la récension et la transcription de nombreuses traditions orales.

Voici quelques descriptions tirées de la traduction de Pierre Larcher (v. 53-58) :



Tel, cuirassé d’une cotte, dont mon sabre a

Lacéré les mailles gardiennes, homme insigne,

Mains agiles au jeu du sort, quand vient l’hiver,

Tombeur d’enseignes de marchand de vin, scandaleux,

Quand il me vit, je descendis à sa rencontre;

Il découvrit ses dents : ce n’était pas sourire.

Je l’ai percé de ma lance puis terrassé

D’un sabre indien, fait d’acier pur, tranchant vite.

Ma rencontre avec lui : tout le jour. On eût dit

Que sa tête et ses doigts étaient teints au pastel.

Héros dont les habits iraient à un grand arbre,

Chaussé des sandales d’une peau, sans jumeau !

(…)

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Imru al- Qays

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Imru al- Qays

Littérature arabe à l'époque de la jâhiliyya : Imru al- Qays

Imru al- Qays (de 500 à 540 environ)
est le poète le plus connu de l’époque de la Jâhiliyya. C’est à la fois un grand poète arabe, que l’on dit avoir inventé la qasîda, et le fils de Houjr el-Kindi, dernier roi du royaume de Kinda.

Il compose des poèmes dès son plus jeune âge, mais le ton de ses textes irrite son père, qui le chasse. Durant cet exil, son père est assassiné par les Beni Asad. Imrou al- Qays parvient à le venger, mais doit se réfugier chez le chef de la tribu des Iyyad. Commence alors une vie d’errance et de mendicité, qui lui vaut le surnom d’El Malik ed-Dillil ( » Le roi toujours errant « ).

Il séjourne aussi à Byzance, auprès de Justinien le Grand, sûrement dans le but d’obtenir un soutien pour restaurer le royaume. Mais, arrivé à Anqara, il meurt d’une espèce de variole ; il aurait été empoisonné par une tunique de laine tissée d’or envoyée par Justinien, soit parce que sa fille était tombée amoureuse du poète, soit parce que l’empereur redoutait une traîtrise après avoir accordé son aide.

 

Le poème inclus dans la Mu’allaqâ, traduit par Jacques Berque, finit ainsi, sur une scène d’orage :

Le mont Thabîr, quand le toucha le
mufle de l’averse
eut un air de seigneur qui se drape
dans son manteau rayé
Pareille demain matin sera la cime du Mujaymar
à la rotation d’un fuseau
et pareils à des bulbes d’oignons sauvages
les lions noyés cette nuit dans les aires
lointaines
seront projetés dans le désert de Ghabît’
Comme un marchand du Yémen décharge sa pacotille.