Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Labîd bnu Rabî’a

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Labîd bnu Rabî’a

Littérature arabe à l'époque de la jâhiliyya : Labîd bnu Rabî'a

Labîd bnu Rabî’a : (de 560 à 661 après J.-C)

Labîd appartenait à la tribu des Beni’Amir ben Sa’sa’a ; il est décrit comme un guerrier valeureux et généreux, défenseur des siens. Ses textes mettent en scène de nombreuses batailles. Ses talents de poète lui servent également à la diplomatie : proche des ghassanides, il put cependant éviter que le roi lakhmide en place, d’abord favorable aux Beni Asad, ne prenne parti contre eux. Lui et les siens se convertirent à l’islam vers 629 ; il renonça alors à la poésie. Il se serait éteint à Koufa, âgé de plus de cent ans.

Voici, dans sa mu’allaqa deux petits extraits traduits par Pierre Larcher qui montrent l’importance qu’il accorde à la tribu (v. 81-82) :



Chaque peuple a sa loi et, pour sa loi, un guide !

Ils ne sont pas flétris ni leur geste abolie

Leur patience, avec la passion, ne fléchit pas!

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Antar bnu shaddâd

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Antar bnu shaddâd

Littérature arabe à l'époque de la jâhiliyya : Antar bnu shaddâd

Antar (Antara bnu Shaddâd al-‘Absî  (de 525 à 615 après J-C )

fut un poète arabe pré-islamique du VIe siècle, fils de Chaddâd, seigneur de la tribu des Beni ‘Abs.

Antar est né d’une servante abyssinienne, ce qui lui valu un mépris auquel il ne put échapper que quand son père lui demanda de participer à une contre-attaque sur des tribus qui avaient attaqué les Beni ‘Abs. Il montra beaucoup de bravoure et de générosité, ce qui lui permis, entre autre, de pouvoir séduire Abla, sa cousine, dont le cœur lui avait été longtemps refusé à cause de ses origines.

Une grande partie de sa mu’allaqa décrit son comportement au combat ; Antar devait participer à de nombreuses batailles, notamment à celles de la guerre de Dahis et El Ghabra, née d’un litige entre deux tribus. Antar périt en 615, assassiné.

Il nous reste de son œuvre de courtes stances lyriques, réunies dans le Divan d’Antar, et il est l’auteur reconnu d’une des sept Mu’allakât, , qui se compose de 75 vers du mètre Kâmil.

Ce personnage, notable par son esprit chevaleresque et sa bravoure, se retrouve dans un roman de chevalerie du Xe siècle, Le Roman d’Antar, et dans la symphonie No. 2 de Rimski-Korsakov.

Ses aventures ont fait le sujet du Roman d’Antar, épopée chevaleresque écrite dans un arabe très pur, et qui a joui en Orient, et particulièrement en Syrie, d’une renommée égale à celle des Mille et Une Nuits. Il constitue un monument précieux sur les temps anté-islamiques. Son auteur serait, d’après l’historien Ibn-abi-Oçaibyya, le médecin Aboul-Moyyed-Mohammed-Ibn-el-Modjeli, qui vivait au XIIe siècle. Mais il semblerait que le texte actuel ne soit que la récension et la transcription de nombreuses traditions orales.

Voici quelques descriptions tirées de la traduction de Pierre Larcher (v. 53-58) :



Tel, cuirassé d’une cotte, dont mon sabre a

Lacéré les mailles gardiennes, homme insigne,

Mains agiles au jeu du sort, quand vient l’hiver,

Tombeur d’enseignes de marchand de vin, scandaleux,

Quand il me vit, je descendis à sa rencontre;

Il découvrit ses dents : ce n’était pas sourire.

Je l’ai percé de ma lance puis terrassé

D’un sabre indien, fait d’acier pur, tranchant vite.

Ma rencontre avec lui : tout le jour. On eût dit

Que sa tête et ses doigts étaient teints au pastel.

Héros dont les habits iraient à un grand arbre,

Chaussé des sandales d’une peau, sans jumeau !

(…)

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Imru al- Qays

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Imru al- Qays

Littérature arabe à l'époque de la jâhiliyya : Imru al- Qays

Imru al- Qays (de 500 à 540 environ)
est le poète le plus connu de l’époque de la Jâhiliyya. C’est à la fois un grand poète arabe, que l’on dit avoir inventé la qasîda, et le fils de Houjr el-Kindi, dernier roi du royaume de Kinda.

Il compose des poèmes dès son plus jeune âge, mais le ton de ses textes irrite son père, qui le chasse. Durant cet exil, son père est assassiné par les Beni Asad. Imrou al- Qays parvient à le venger, mais doit se réfugier chez le chef de la tribu des Iyyad. Commence alors une vie d’errance et de mendicité, qui lui vaut le surnom d’El Malik ed-Dillil ( » Le roi toujours errant « ).

Il séjourne aussi à Byzance, auprès de Justinien le Grand, sûrement dans le but d’obtenir un soutien pour restaurer le royaume. Mais, arrivé à Anqara, il meurt d’une espèce de variole ; il aurait été empoisonné par une tunique de laine tissée d’or envoyée par Justinien, soit parce que sa fille était tombée amoureuse du poète, soit parce que l’empereur redoutait une traîtrise après avoir accordé son aide.

 

Le poème inclus dans la Mu’allaqâ, traduit par Jacques Berque, finit ainsi, sur une scène d’orage :

Le mont Thabîr, quand le toucha le
mufle de l’averse
eut un air de seigneur qui se drape
dans son manteau rayé
Pareille demain matin sera la cime du Mujaymar
à la rotation d’un fuseau
et pareils à des bulbes d’oignons sauvages
les lions noyés cette nuit dans les aires
lointaines
seront projetés dans le désert de Ghabît’
Comme un marchand du Yémen décharge sa pacotille.

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Al-Nâbigha al-Dhubyânî

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya :
Al-Nâbigha al-Dhubyânî

Littérature arabe à l'époque de la jâhiliyya :Al-Nâbigha al-Dhubyânî

Al-Nâbigha al-Dhubyânî

(né vers le milieu du VIe siècle.)

Dubyani est issu de la tribu des Banu Dhubyan, il a vécu près de La Mecque. Il a d’abord été poète de tribu, avant d’entrer à la cour du roi Lakhmide Al-Nu’man Abu Qabus, que Dubyani pleurera dans une élégie devenue célèbre. Suite à quelques vers sur la reine jugés insultants, il est obligé de quitter le royaume avant d’y revenir en 600. Il entre alors dans la cour des Ghassanides où il mène une vie fastueuse.

La date de sa mort est incertaine, mais il semble qu’il ignorait ce qu’était l’islam. Ses poésies sont en grande partie des éloges et des satires sur les Ghassanides, les Banu Abs et les Banu Dhubyan.

La fin de son ode, parfois inclue dans les mu’allaqât, traduite par Jacques Berque, montre l’aspect politique de ce poète :

Voilà!
Ma louange si bellement tu l’écoutes
Ce n’aura pas été, oh non, malédiction !
pour me produire à tes faveurs
Ce n’est qu’une plaidoirie, puisse-t-elle me servir
sinon j’aurais fait pacte avec le malheur !

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Hassan-ibn-thâbit

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Hassan-ibn-thâbit

Littérature arabe à l'époque de la jâhiliyya :Hassan-ibn-thâbit

Hassan ibn Thâbit (mort en 660)
حسان ابن ثابت était un poète arabe, compagnon du prophète

Thabit est né à Médine, au sein de la tribu des Banu Khazraj. Il a voyagé dans sa jeunesse en Syrie, à Al-Hira et à Damas. En Syrie, il parvient à se faire admettre dans la cour des Lakhmides et des Ghassanides. Il est ensuite revenu à Médine au temps de l’hégire ou il se convertit à l’islam à l’âge de 60 ans en 622. Mahomet l’avait choisi comme poète, Thabit devait dans cette fonction, défendre l’islam contre les idolâtres.

Il participait souvent à des concours de poésie, et il est parvenu à convertir une tribu entière, les Banu Tamim en sortant vainqueur d’une joute poétique. C’est à lui que sera confié le premier travail pour la récension du Coran. C’est lui aussi qui sera chargé de produire la première version écrite du texte sacré malgré l’état  » primitif  » de l’écriture arabe de l’époque.

Il meurt au début du règne de Muawiya en 660.

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Maymun-al-aacha

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya : Maymun-al-aacha

Littérature arabe à l'époque de la jâhiliyya : Maymun-al-aacha

Maymûn Al-Aacha (590-629)
ميمون الأعشى est un poète bachique né dans le village de Manfuha.
Ce poète du VIIe siècle est un itinérant, surnommé « La cymbale des arabes ». Quasiment poète professionnel, il est l’auteur d’œuvres qui célèbrent les chefs de son temps, mais le panégyrique du prophète qui lui est attribué ne semble pas authentique.

Il aborde tous les thèmes amoureux, bachiques, guerriers, naturalistes caractéristiques de la poésie de l’époque ; l’une de ses odes est parfois incluse dans la somme des Mu’allaqât. Il meurt en 629 en tombant de sa monture alors qu’il retournait dans la région de Yamâma. Le poème inclus dans les Mu’allaqât, a été traduit par Jacques Berque.

Il commence ainsi :
Adieu, Hrayra
La caravane s’ébranle
Mais es-tu bien, toi, l’homme, capable d’un adieu
Une blancheur au front, les cheveux touffus, les dents pures
précautionneusement elle marche
comme endolorie dans la glaise
son allure quand elle revient de la tente de la voisine
est celle du nuage qui passe ni lent ni pressé
tu entends ses bijoux chuchoter à chaque fois qu’elle se tourne …

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya

Littérature arabe à l’époque de la jâhiliyya

Littérature arabe à l'époque de la jâhiliyya

Les Arabes appellent cette période « Jâhiliyya » -Ignorance- du fait que l’on y ignorait l’existence d’un dieu unique ainsi que la religion monothéiste qui allait s’imposer définitivement par la suite. En effet, les tribus arabes de l’époque étaient polythéistes et adoraient notamment un Dieu quelles appelaient déjà Allâh, représenté sous forme de statues. Les arabes adoraient même des déesses dont notamment les célèbre al-Lât, al-‘Uzza et Manât, citées et fustigées par le Coran.

 

A cette époque, la culture en Arabie était essentiellement orale. L’écrit, avec un support graphique très rudimentaire ne pouvait servir de véhicule à une culture déjà fortement enracinée, avec ses codes, ses exigences. La production « littéraire » se limitait en fait essentiellement à la poésie, déclamée oralement partout où se manifestait la vie : marché, champs de batailles, soirées conviviales, joutes oratoires entre poètes rivaux…

 

Cette pratique de la poésie, originale, omniprésente, devait certainement représenter une sorte de « ciment » social, un espace d’expression qui dépassait de loin le simple plaisir de faire des rimes et de trouver de jolis mots ou expressions. Un peu à la manière des médias d’aujourd’hui ! On pouvait y exprimer aussi bien ses états d’âme personnels, que régler des comptes avec des ennemis, faire allégeance à tel ou tel puissant du moment ou déclarer son amour -publiquement- à la bien-aimée.

 

Malheureusement, de cette effervescence intellectuelle, il n’est resté guère de traces écrites datant de l’époque. C’est dans les dernières décennies de la fin du VIe siècle que commence à se développer une véritable tradition littéraire écrite. Les premiers écrits seront compilés deux siècles plus tard dans un grand recueil de poèmes : les Mu’allaqât . Cet ouvrage de synthèse ne donne qu’une vision partielle de ce que pouvait être la littérature de l’époque. Il est probable que seuls les poèmes ou les parties de poèmes jugés les meilleurs aient été conservés.

 

Les Mu’allaqât, sont donc un ensemble de poèmes pré-islamiques. Leur nombre varie en fonction des auteurs : de six à dix, sept étant le plus fréquent. Ce nom signifie « Les suspendues » car ces odes auraient été suspendues à la Ka’ba de La Mecque sous forme de parchemins dorés , un peu à la manière des fameux dazibaos de l’époque maoïste ou des affiches publicitaires d’aujourd’hui !

 

Ces œuvres ont été écrites durant une époque où byzantins et perses sassanides se disputaient l’influence sur la péninsule arabique, via leurs vassaux respectifs, les ghassanides et les lakhmides. Elles ont été réunies pour la première fois par Hammad Ar-Rawiya et contiennent les thèmes chers à la poésie arabe pré-islamique :
* description de l’environnement,
* l’éloge des protecteurs, des morts ou du poète lui-même,
* l’injure des clans ennemis,
* l’amour,
* le vin.

 

Chaque texte contient, dans un ordre souvent peu logique, des métaphores, des comparaisons, des images, des références à la vie dans le désert. Les poètes de ce recueil sont originaires de différents endroits de la péninsule, mais l’ensemble est écrit dans la langue de la région de Hedjaz.

Littérature arabe : histoire et auteur

Littérature arabe : histoire et auteurs

Littérature arabe : histoire et auteurs

INTRODUCTION

Dans ce dossier, nous proposons un panorama le plus complet possible de la littérature arabe pour les non initiés. Il s’agit de faire découvrir la littérature arabe sous ses multiples facettes à nos nombreux visiteurs, attirés d’abord par l’aspect « apprentissage de l’arabe » qui est notre spécificité. Bien entendu cette présentation de l’immense patrimoine littéraire arabe ne saurait prétendre à l’exhaustivité, et nous laisserons certainement de côté quelques grandes œuvres ou auteurs ; ce que des érudits exigeants pourraient nous reprocher.

 

Mais si nous pouvions contribuer de la sorte à réhabiliter « le fait littéraire arabe », par un travail de « vulgarisation », de banalisation allions-nous écrire et le rendre accessible au plus grand nombre possible de gens intéressés par la culture arabe en générale, alors, nous aurons réussi notre mission.

 

Nous nous limiterons volontairement à l’exposé du fait littéraire à proprement parler sans aborder le volet des sommes érudites monumentales écrites en matière de théologie, sciences, philosophie, cosmogonie, historiographie , géographie et autres préoccupations savantes du monde médiéval. Ceci fera l’objet d’un autre dossier à venir.
De même que dans ce dossier nous n’aborderons pas la littérature andalouse qui fera l’objet d’une étude à part.