Civilisation arabo-musulmane et diffusion de la langue arabe

Civilisation arabo-musulmane
et diffusion de la langue arabe

Disons-le en toute modestie : ceci n’est qu’une hypothèse élaborée en partant de ce que nous observons à l’arrivée, c’est à dire de l’état des choses actuelle où les mêmes phénomènes –récurrents- d’adhésion/rejet continuent de se perpétuer sous nos yeux, où la langue arabe continue son avancée inexorable non sans résistances et non sans compromissions à tous les niveaux : socio-linguistiques, religieux et même psychologique (appels à l’imaginaire arabo-musulman). Seulement, aujourd’hui, nous avons un peu plus d’instruments d’analyse pour observer et essayer de comprendre –rétrospectivement ce qui s’est passé il y a plusieurs siècles à l’aube de la civilisation arabo-musulmane et bien au-delà, y compris durant ce que l’on pourrait appeler l’Age d’Or.
On peut donc conclure à un échec relatif de la part des autorités suprêmes de ce nouvel empire à imposer, à populariser, « rendre fonctionnelle » Sa langue officielle auprès de franges entières de populations non-arabes, ne parlant ni le latin ni le persan et ayant leurs propres langues sans doute déjà « mineures » à l’époque, mais peu enclins à les troquer contre une langue qui leur était étrangère fut-elle la langue de Dieu et de la nouvelle religion à laquelle elles venaient d’adhérer !
Nous incluons dans ces catégories- avec beaucoup de prudence, vu la faiblesse des recherches dans le domaine :
– les langues d’Asie Mineure
– les parlers du Moyen-Orient (encore vivaces : Kurdes, parlers dérivés du Persan)
– Copte (Egypte) et ses résidus actuels
– Langue et variantes berbères (toujours manifestes)
– Parlers africains et asiatiques
– Parlers spécifiques d’Andalousie
Cette liste bien sûr est loin d’être exhaustive…

C’est à partir de ce postulat que nous interprétons l’apparition et le développement de dialectes arabes différents de la langue apportée/imposée par les Arabes d’Arabie. Cette langue étant elle-même –Malgré sa version coranique unifiée- divisée en plusieurs parlers tribaux, plus ou moins divergents.

Clivages et ramifications des dialectes

Ces dialectes sont nés et se sont développés selon un schéma à peu près identique, commun aux aires géo-culturelles conquises (phénomène encore observable de nos jours) . En gros :
– simplification de l’arabe « classique » tel que véhiculé par le Coran et les tenants de la nouvelle administration, notamment au niveau syntaxique. (Interactions avec les parlers locaux).
– adaptation et influences phonétiques par rapport aux langages locaux
– interpénétrations lexicales , avec une préférence donnée aux termes locaux pour tout ce qui concerne la vie quotidienne « profane ».
En fait, le clivage Arabe « classique »/Arabe dialectal (très perceptible dans la littérature médiévale tenait surtout aux fait que les élites Arabes ne confiaient de responsabilités politiques ou militaires qu’aux « Arabes de souche ». Les populations nouvellement islamisées se sentant ainsi exclue de l’ exercice véritable du pouvoir, se rebellaient d’une certaines façon, en conservant leurs parlers dans la vie intime, et en faisant la concession au nouveau pouvoir d’une langue à mi-chemin de l’arabe coranique et de leurs propres habitudes linguistiques !

Résultat : des peuples entiers se sont islamisés assez rapidement tant l’Islam à ses débuts faisait preuve de tolérance , de compréhension mais aussi de capacités d’adaptation. Ces mêmes peuples se sont en revanche arabisés beaucoup plus lentement, sans doute par résistance politique (et par sentiment d’ injustice à l’égard de ceux-là mêmes chargés d’appliquer la loi divine.) Répétons-le : tous ces phénomènes sont encore observables de nos jours !