Le Cinéma algérien au féminin

Le Cinéma algérien au féminin

Le Cinéma algérien au féminin
Par Samia messaoudi
 

Les femmes algériennes sont au cinéma telles que dans la vie sans fioriture. Elles racontent leurs histoires, témoignent, simplement. Hier, dans une Algérie en guerre, aujourd’hui, dans un pays traversé de souffrances, elles restent déterminées, courageuses, relèvent le défi de tenir face aux menaces, à la violence et à l’injustice qui leur est faite.
Dans Elles (Ahmed Lallem, 1966), les femmes témoignent de leurs combats et leurs espoirs au lendemain de l’indépendance. Qu’en serait-il ? Pour certaines, l’important est de gagner l’égalité pour construire une Algérie socialement juste. D’autres affirment leur émancipation dans un quotidien trop souvent envahi par le poids de la tradition. C’est encore vrai aujourd’hui.
 
Trente ans plus tard, le réalisateur recueille à nouveau le témoignage de ces mêmes femmes pour raconter ce qu’est devenue l’Algérie. Les déceptions sont grandes. Mais elles combattent toujours l’obscurantisme. Par le documentaire ou la fiction, la capacité à exprimer le vécu des femmes dans la société algérienne apparaît de manière constante dans son cinéma.
En 1977, Leila et les autres, une fiction de Sid Ali Mazif, raconte ce que vit et subit, Mériem, jeune femme soumise à un mariage forcé qu’elle refuse. Son amie Leila se bat contre l’injustice dans le travail. A cette époque, l’Algérie, dans un élan socialiste démesuré, est engagée dans sa construction idéologique. Elle ne voit pourtant pas les discriminations dont sont victimes les femmes au quotidien.
 
Le Cinéma algérien au féminin
Dans les années quatre-vingt-dix, des femmes prennent l’écran à pleines mains, certaines que le regard porté sur elles ne leur conviendrait pas. Elles investissent l’espace féminin, donnent la parole aux citoyennes de la rue, militantes, femmes de l’exil. Dans Rachida (2002), Yamina Chouikh témoigne des années de terrorisme islamiste. Elle décrit la violence, la brutalité à vif, à travers la vie d’une enseignante brisée par ce quotidien barbare. La fiction est terriblement proche de la réalité, reflète ce qu’ont subi les femmes algériennes dans leur quotidien au cours de cette décennie sanglante.
 
Elle constitue un documentaire éclairant sur la montée de l’islamisme en Algérie. Dans une autre veine, Vivo Laldjérie de Nadir Moknêche présente une Algérie confrontée à cette violence, mais dans laquelle la vie continue. Là où le malaise existe, les femmes bougent. Elles n’ont pas disparu de l’espace social. Elles travaillent, sortent en ville, dansent. La violence est en permanence en toile de fond, mais le désir de vivre et de ne pas s’effondrer domine.

 

Le cinéma de Yamina Benguigui traite pour sa part, des femmes algériennes dans l’exil. Mémoires d’immigrées, après un portrait émouvant du père, dresse celui des mères et des filles, en exprimant toute la tristesse du départ, la difficulté de vivre en France, une société nouvelle à laquelle il faut s’adapter, encombrées d’une culture, d’une histoire, d’une religion et de traditions qu’elles souhaitent conserver, transmettre à leurs enfants. Prise entre intégration et tradition, cette deuxième génération vit tant bien que mal cette double appartenance. Exil à domicile, de Leila Habchi illustre encore la complexité de la vie des Algériennes en France. Vivre ici, penser là-bas ? L’exil est souffrance. Mais le temps apaise et les témoignages des femmes émeuvent.
 

Après Inch’Alloh dimanche, une douce fiction sur la vie de femme exilée, Yamina Benguigui tourne Le plafond de verre. Le film aborde la discrimination dont sont victimes au travail les jeunes issus de l’immigration et particulièrement ceux nés en France, de parents venus d’Algérie ou d’Afrique. Le passé colonial ressurgit. L’inégalité subie par ces jeunes algériens les renvoie à une exclusion sociale qu’ils ne pouvaient supposer ou, en tout cas admettre, alors que leurs parents s’installaient en France : pour quelque temps ou pour toujours ? Promesse de retour, sans suite ou pas avant longtemps. L’installation en France d’une deuxième voire troisième génération donne le ton : l’aller-retour est permanent entre la France et l’Algérie. II ne s’agit pas de voyages, mais d’amour, même s’il reste encore quelque nostalgie et des souvenirs douloureux.