Le cinéma égyptien aujourd’hui

Le cinéma égyptien aujourd’hui

Le cinéma égyptien aujourd'hui

 

Par: Christophe Ayad.
Journaliste, ex-correspondant de libération au caire.
 
Lorsqu’on lui parle de relève, Youssef Chahine, aujourd’hui âgé de 75 ans, a l’habitude de répondre par une boutade: « Mais elle existe la relève! Regardez Yousri Nasrallah, c’est le plus brillant. Il a bientôt 50 ans et a réalisé trois longs métrages! ». Au même âge, le réalisateur alexandrin en affichait déjà vingt-trois au compteur.
 
Le cinéma égyptien n’est plus ce qu’il était: d’une centaine, le nombre de ses productions annuelles est tombé à une vingtaine. Il n’existe plus aujourd’hui de studio capable d’engager par contrat un réalisateur pour plusieurs films. Aujourd’hui, le montage du budget d’un seul long métrage prend plusieurs années et le réalisateur arrive au premier jour de tournage exténué par un parcours d’obstacles décourageants. Difficile dans ces conditions de se forger un style et d’acquérir l’expérience nécessaire.
 
Autre difficulté lorsqu’on évoque la question du « Nouveau Cinéma égyptien : est-il possible de dégager un courant cohérent, à l’instar de la « Nouvelle Vague » en France ou même du groupe du Nouveau Cinéma lancé dans les années 1970 par Mohamed Khan, Khaïry Bichara, Atef al-Tayeb et Raafat Al-Mihi ? Non, il est clair que l’on a affaire à une somme d’individualités plus proches par l’acuité sociale ou la modernité de leur vision que par une quelconque unité stylistique. S’il faut absolument nommer un chef de file aux jeunes cinéastes d’Egypte, c’est assurément Yousri Nasrallah, 48 ans. le plus doué et le plus inventif de sa génération. Critique de cinéma à Beyrouth de 1978 à 1982, Nasrallah est passé par « l’école Chahine », dont il a été l’assistant de La Mémoire (1982) à Alexandrie encore et toujours (1990). Dès 1988, il a réalisé son premier film, Vols d’été où il s’illustrait par un style déjà très affirmé et personnel. Son deuxième opus, Mercedes, ne sort qu’en 1993, preuve s’il en est de la difficulté de produire une oeuvre ambitieuse. Car Mercedes est le film le plus original et abouti des années 1990. Désireux de retourner rapidement et de s’essayer à un format plus léger, Yousri Nasrallah accepte en 1995 une « commande » d’Arte, A propos des garçons, des filles et du voile, un documentaire très mis en scène sur la sexualité et les frustrations de la jeunesse des bords du Nil. Nasrallah a terminé l’année dernière son troisième long métrage, La Ville, prime a Locarno en août 1999, tourné entièrement en vidéo numérique.
 

Radwan El-Kashef a le même âge que Yousri Nasrallah et a fait lui aussi ses classes comme assistant (le Youssef Chahine avant de réaliser Les violettes sont bleues (1993), d’une facture encore conventionnelle malgré son intérêt pont- l’univers des marginaux. Ce n’est qu’en 1999 que son second film est sorti : La sueur des palmiers, primé en 1998 à Carthage, et qui a reçu un accueil aussi élogieux (le la critique que décevant du côté du public. Au bout de quatre jours, le film a été retiré de l’affiche. Dommage pour une oeuvre passionnante sur le plan (le la recherche formelle.
 
Oussama Fawzy est aujourd’hui l’espoir le plus Prometteur (lit cinéma égyptien comme l’a montré son premier film Les démons (de l’asphalte(1996), qui s’est illustré par sa fraîcheur et sa grande liberté (le ton. Des qualités aussi présentes dans son second film Fallen Angels Paradise, achevé en 1999, et déjà primé à Damas. Il ne faut bien sûr pas oublier Daoud Abdel Sayed, ans, dont l’oeuvre la plus marquante reste à ce jour Kit Kal (1991). Ou Asma El-Bakri, 53 ans, auteur du très séduisant Mendiants et orgueilleux en 1991, remarqué à Rennes, et du moins réussi Concert clams la nielle du bonheur en 1998. Tout comme Mohamed al-Qaliouby – (Trois sur la roule en 1993, Pourquoi la mer rit-elle? en 799».
 
L’objet n’est pas ici de tous les citer. Une autre génération pointe déjà le bout de son nez :Atef Hetata dont le premier film Les portes fermées est très attendri, Zaki Fatin Abdel Wahab dont l’inachevé Romantica laissait entrevoir de belles possibilités. Sans compter le succès d’un certain nouveau cinéma commercial pour jeunes qui a véritablement débuté en 1997 avec Ismaïlia aller-retour de Karim Diaa Eddine avec en vedette la nouvelle star comique (lit cinéma égyptien, Mohamed Heneidi.
 
Quant aux plus jeunes, il ne fait pas de doute que l’Egypte dispose d’un vivier prometteur de talents comme en témoignent les travaux de fin d’année de chaque promotion de l’Institut de cinéma. Mais le problème n’est pas là. Il réside dans l’étroitesse du marché cinématographique et la sclérose du circuit de production qui condamne les plus jeunes réalisateurs à l’inactivité.