Chute du mur de Berlin, guerre du golfe et presse arabe

Chute du mur de Berlin, guerre du golfe et presse arabe

En fait, l’essor que connaît la presse arabe actuellement remonte aux années 80. Avec l’effondrement de l’empire soviétique et la guerre du Golfe, les choses ont commencé sérieusement à changer. La mondialisation et le libéralisme désormais en vogue ont permis l’éclosion d’une presse privée écrite et audio-visuelle, plus indépendante et beaucoup plus professionnelle.

 

La première guerre du Golfe a été un véritable séisme politique, médiatique et culturel. Cette guerre, vécue par la majorité des Arabes comme une ultime humiliation a marqué la fin du panarabisme, du socialisme, du tiers-mondisme et des monopoles étatiques sur l’information. Les opinions publiques arabes sont sorties de cette épreuve animées par une double désillusion: celle d’avoir perdu confiance en leurs médias nationaux et celle due à la perte de crédibilité des médias occidentaux.
 
Cette perte de crédibilité est observable dans les pays occidentaux eux-mêmes au vu des sondages les plus récents. En même temps, la montée en puissance des chaînes satellitaires a permis un zapping chaînes nationales/chaînes satellitaires bénéfique sur le plan de l’information, permettant des comparaisons, des recoupements et donc la possibilité de se faire une opinion personnelle au fur et à mesure du déroulement des événements, et en temps réel, en « live » allions nous dire…

 

La seconde guerre du Golfe, a été jugée comme profondément injuste par les opinions publiques arabes, sur un alibi qui ne tient pas la route (les armes de destruction massive …).

 

L’émergence de chaînes satellitaires arabes puissantes, bien équipées, avec du personnel très bien formé professionnellement avant et durant cette seconde guerre a permis enfin d’allumer de sérieux contre-feux par rapport à l’hégémonisme des médias occidentaux et surtout américains.
 
La presse écrite privée n’est pas en reste : le journal al-Ahrâm tire en Egypte à plus de 600 000 exemplaires ; en Algérie, une bonne dizaine de journaux indépendants tirent à plus de 100 000 copies (l’Algérie qui comptait plus de 95% d’analphabètes à l’indépendance !). Le Liban a retrouvé peu à peu la presse libre et dynamique qui faisait son prestige jusqu’à la guerre civile au milieu des années 70. Au Maroc, l’essor de la presse écrite est évident, avec des espaces de libertés nouveaux depuis l’accession au trône de Mohammed VI. Il y a évidemment aussi la presse arabe publiée à Londres, ach-Charq al-Awsat, al-hayât, al-Wassat et d’autres titres largement diffusés dans le monde.

 

Les saoudiens ont été les premiers à financer une télévision par satellite afin d’étendre leur influence dans le monde arabe. Basée à Londres, MBC a bénéficié du savoir-faire des producteurs britanniques, mais aussi des meilleurs journalistes du monde arabe, maghrébins et mashrékins, attirés par des salaires et des conditions de travail qu’ils ne trouvent pas dans leurs pays. Aujourd’hui, peu d’observateurs occidentaux connaissent l’existence de MBC et son impact sur le paysage audio-visuel arabe, tant elle a été supplantée par l’irruption de la chaîne al-Jazîra, puis al-Arabiyya, sans parler des chaînes nationales  » officielles « , désormais présentes sur les satellites.