Presse pan-arabe et Arabie saoudite

Presse pan-arabe et Arabie saoudite

Radiographie de quelques grands médias arabes

Le rôle des saoudiens dans l’émergence de la « presse pan-arabe »

 

Les deux grands quotidiens que nous allons présenter paraissent à Londres, avec des capitaux saoudiens, des journalistes de l’ensemble du monde arabe, sans compter le personnel technique européen…. Ils s’adressent au public de tous les pays arabes et non à celui d’un pays particulier.

 

L’Arabie saoudite, forte de ses pétrodollars mais aussi de la  » légitimité  » que lui confère sa place au cœur de l’Islam a toujours essayé d’étendre son influence sur l’ensemble du monde arabe, notamment pour y propager son idéologie salafiste, inspiratrice principale des courants fondamentalistes musulmans.

 

La décision d’étendre l’influence médiatique saoudienne dans le monde arabe remonte au début des années 70. A l’époque, l’Egypte nassérienne tenait le haut du pavé en matière de propagande grâce notamment à la radio « sawt al-Arab » (La Voix des Arabes). Il s’agissait de contrer cette propagande à forte connotation socialiste, tiers-mondiste et panarabe.

 

Mais derrière les velléités hégémonistes saoudiennes au moins en matière de médias et d’information, il y a bien sûr les USA qui n’ont jamais bien su s’imposer dans le monde arabe, n’ayant avec celui-ci aucun passé de type colonial ou culturel. L’incroyable gabegie à laquelle on assiste suite à l’occupation de l’Irak démontre largement l’incompétence américaine et l’insondable méconnaissance des américains concernant les affaires arabes ! C’est donc avec l’Arabie Saoudite que va être scellé une sorte de pacte pour permettre aux uns et aux autres d’instaurer un ordre médiatique dans les pays arabes au mieux de leurs intérêts respectifs.

 

Nous l’avons déjà signalé, la presse arabe, à l’image des sociétés arabes d’aujourd’hui est traversée par des courants contradictoires pour ne pas dire carrément opposés : « modernistes », « occidentalistes », « arabophiles », « fondamentalistes »… Tous ces courants peuvent parfois cohabiter au sein d’un même journal !

 

Bien entendu, les américains, ont leurs préférences et tendent à favoriser ceux des journalistes et décideurs qui véhiculent les idées « occidentalistes » et de préférences les leurs en priorité.
 

Par ailleurs – qui sème le vent récolte la tempête – , les saoudiens se sont vus pris à leur propre piège : en voulant « salafiser » l’Islam et déstabiliser concrètement des pays entiers (ils sont en grande partie responsables de la crise algérienne, en ayant abondamment financé l’ex- parti islamiste, le FIS), ils ont eu en retour la naissance d’une opposition de type fondamentaliste radicale contestant jusqu’à la légitimité du pouvoir en place ! Un séisme dans ce pays gouverné par un régime monarchique parmi les plus rétrogrades et les plus conservateurs au monde ! Un régime d’un autoritarisme tel que jamais aucune  » fausse note  » n’a été entendue et qui malgré ses immenses richesses n’a jamais toléré la moindre initiative sur le plan de la culture par exemple : où sont les grands écrivains, les cinéastes, les peintres, etc.… que l’argent du pétrole et le pays du prophète auraient pu engendrer ?

 

Qui sème le vent récolte la tempête disions-nous : non seulement la démarche saoudienne a provoqué au sein même du royaume un mouvement d’opposition violent (prise en otage de mosquées, attentats, attaques contre les intérêts -immenses- de groupes économiques étrangers et surtout américains) mais aussi vent de réformes au sein même de la classe dirigeante. Des  » réformettes  » bien sûr, destinées juste à rassurer un peu le monde et à démontrer que même l’Arabie allait jouer le jeu du libéralisme et de la démocratie (organisation de quelques simulacres d’élections pour les municipalités, femmes exclues bien entendu !).

 

Cette démarche, partant d’une volonté hégémoniste (compréhensible somme toute de la part d’un des états les plus riches du monde) mais basée sur une idéologie et une lecture du fait religieux médiévale, rétrograde, réactionnaire, devait nécessairement aboutir à un divorce même au sein de la famille régnante : un membre de l’immense famille royale régnante, a décidé publiquement de s’en éloigner ainsi que de ses anciens maîtres, les américains qui l’ont formé dans tous les domaines. Un certain Ben Laden devenu célébrissime dans le monde entier, en mettant en place l’une des plus impressionnante organisations terroristes au monde ! Tournée entre autre contre son propre pays et sa propre famille.

 

Ce que les médias occidentaux ignorent ou ne veulent pas dire, c’est qu’une partie de l’opinion publique arabe penche du côté de ce personnage hyper médiatisé non pour ses méthodes ou même pour son idéologie, mais parce que -enfant terrible de la famille royale saoudienne- il a le seul osé faire trembler le trône saoudien et ses grands protecteurs américains ! Hélas au prix d’innocents occidentaux mais aussi arabes sacrifiés au nom d’une idéologie d’un autre temps…