Définir l’Arabe moderne dans l’enseignement

Définir l’Arabe moderne dans l’enseignement

L’arabe dit « moderne », langue de communication, avec l’appui puissant des médias modernes internationaux, se caractérise essentiellement par l’écart croissant avec la langue « classique », aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Les marques casuelles sont résiduelles et ne jouent plus un rôle essentiel dans la syntaxe de la phrase, qui tend à être presque exclusivement positionnelle. On peut dire qu’en gros, les marques casuelles sont redondantes. De ce point de vue, l’évolution de la langue standard classique – la langue standard moderne est parallèle à celle qui a produit les dialectes arabes y compris dans leur état ancien.

Cette question, rarement reconnue dans le monde arabe, dépasse largement le cadre de l’enseignement, auquel nous nous limiterons ici. Une sorte de compétence passive, dans son domaine naturel (langue classique, littérature). Cela pourrait se faire par l’écoute régulière de textes enregistrés, liés bien entendu aux activités-charnières de la classe afin de trouver un sens au travail. Le professeur intégrerait dans sa programmation l’écoute d’un texte littéraire (conte, poème). Avec des textes modernes (nouvelle, extrait de roman), on peut très bien envisager de lire la partie narration/description avec une réalisation maximale des voyelles casuelles, et de lire les dialogues (si dialogues il y a) avec une réalisation minimale de ces voyelles casuelles. Cela est valable pour tous les niveaux, y compris les plus avancés.

 

L’arabe n’est pas la seule langue à flexions enseignée en France. En allemand, en russe, en basque, en latin et en grec, les déclinaisons sont bien plus difficiles à manier qu’en arabe. De plus, elles y jouent un rôle plus important et il est absolument impossible de faire l’impasse dessus. Ne sont-ce pas plutôt les enseignants d’arabe qui jugent l’i‘râb (grammaire arabe) difficile, adoptant en cela la position des apprenants arabophones qui ont des difficultés à apprendre ce système, que certains perçoivent comme l’apanage des clercs et considèrent comme superflu et inutile, car il n’empêche ni la compréhension, ni l’expression au quotidien ?

Cette manière d’aborder l’i‘râb développe chez les élèves une position défensive, alors que le système casuel de l’arabe est particulièrement simple. Sa simplicité est due notamment au fait qu’il repose sur une analyse formelle immédiate et non sur une analyse de fonctions complexe. C’est dire qu’il y a nécessité impérieuse, pour les enseignants d’arabe, de présenter l’i‘râb assez tôt, d’une manière rénovée, sans entrer dans le détail de l’analyse traditionnelle des fonctions, et ce afin de permettre aux élèves d’être rapidement opérationnels.