Dialectes arabes et expression contemporaine

Dialectes arabes et expression contemporaine

Peut-on exprimer en arabe dialectal correctement et avec précision la complexité extraordinaire des réalités contemporaines (politiques, sociologiques, scientifiques) ? A notre sens, aucun dialecte arabe actuel n’est en mesure de véhiculer , à l’état « pur » les besoins de communication qu’impose la modernité. Il est impossible de tenir par exemple une conversation politique sérieuse en se limitant strictement à son dialecte, donc sans recourir forcément à l’arabe littéral, au moins pour y puiser le vocabulaire nécessaire à l’ expression de la pensée. Sans parler de sujets « pointus » dans le domaine de la science ou des nouvelles technologies. Les dialectes arabes –tous, sans exception- se sont tellement appauvris au cours de siècles de régression aussi bien au niveau syntaxique que lexical qu’ils sont incapables de véhiculer la pensée moderne avec sa complexité et ses exigences notamment lexicales. Leur limite « communicationnelle » s’arrête pratiquement à l’expression du quotidien le plus trivial, aux besoins vitaux de la vie de tous les jours. Sortis de là , on est déjà dans le domaine de « la culture », donc dans le besoin d’exprimer des choses qui sont d’emblée de l’ordre de classes sociales qui ont d’autres préoccupations qu’alimentaires…
Mieux encore, dès que la pensée devient un peu plus complexe, les structures syntaxiques des dialectes s’avèrent vite trop étroites et le locuteur –non sans une certaine gêne- doit recourir à des tournures purement littérales, au risque de mettre mal à l’aise son auditoire ou son interlocuteur !

Besoin de communication réel ou pédantisme ?

C’est là qu’intervient un phénomène intéressant et à notre sens peu étudié jusqu’à présent. Ce phénomène relève pratiquement de la psycho-linguistique, domaine peu développé même pour les langues occidentales dominantes.
Le malaise que l’on éprouve à passer de « la langue alimentaire » supposée être la langue authentique de tel ou tel locuteur issu de tel ou tel pays arabe à un discours plus structuré, plus exigeant du point de vue du contenu est dû à ce recours nécessaire à l’arabe littéral, qui conduit nécessairement à s’acheminer spontanément – pour un locuteur lettré – vers l’arabe littéral, du point de vue lexicale d’abord, mais aussi sur le plan syntaxique , immédiatement après. La pensée, ne peut plus être véhiculée par les simples structures du dialecte !

L’Arabe intermédiaire

La formidable explosion des systèmes en place en pays arabes, la mésaventure (fort intéressante de l’expérience algérienne aussi bien sur le plan de l’usage de l’arabe au niveau de la fusha que du dialecte , voir notre article sur le rap en arabe dialectal) font que la communication ne peut plus fonctionner dans un sen unique. Il y a débat et donc retour de la part de toutes les couches de la société, au moins dans les pays arabes qui comme l’Algérie ont osé se rebeller contre les pouvoirs établis et donc contre la langue de béton imposée . Des pays qui ont commencé à ré–inventer leurs propres langages disponibles autant que faire se peut part rapport aux « masses populaires ». Alors, l’accès à la sphère politique, celle accaparée par les tenants du pouvoir éclatée, déstabilisée par les couches populaires « jeunes » scolarisées peut-elle déboucher sur une forme d’expression, un langage nouveau, une « langue intermédiaire » efficace et susceptible d’un renouveau de la langue arabe ?