Constats sur la pratique de l’Arabe à l’école

Constats sur la pratique de l’Arabe à l’école

Manque de lisibilité, disions-nous donc. En effet, peu de gens sont au courant des subtilités de notre matière : arabe littéral, moderne, classique, littéraire, dialectal (quand ce n’est pas « dialectique »). On s’y perd ! Je ne vais pas rentrer dans une polémique inutile sur la co-existence de l’arabe littéral et du dialectal. Mais il me semble qu’officiellement. nous sommes censés enseigner l’arabe littéral tout en tenant compte du dialectal. au double plan sociolinguistique et pédagogique.

 

Beaucoup s’interrogent pourtant sur la nécessité et l’utilité d’enseigner l’arabe. En partant d’un raisonnement simple : en France, on enseigne bien sûr le français en tant que langue nationale, à côté d’une panoplie de langues étrangères, vraiment étrangères. Or, l’élève qui arrive en sixième et prend l’arabe comme LV 1 représente une sorte d’anomalie dans le paysage scolaire : il prend comme langue étrangère la langue de ses parents (qu’il est censé parler à la maison) et de sa religion (qu’il est censé connaître et pratiquer). Laissons de côté l’aspect arabe littéral/dialectal : trop compliqué pour le non initié.
 

La réalité pourtant est tout autre. On m’a confié au lycée Voltaire des classes de sixième pendant quatre années de suite. Voici ce que l’on constate :

– sur des classes en moyenne de vingt élèves, seule une infime partie « baragouine » un peu de dialecte, avec un accent parisien prononcé ;
– il y a cinq ans, je comptais environ huit phonèmes de l’arabe qui n’étaient pas réalisés par les élèves.
 

L’an dernier. presque tous les phonèmes propres à l’arabe étaient à apprendre : je me suis mis à la correction phonétique comme tout professeur de langue étrangère. Quant à leur supposée connaissance de l’Islam, les profs d’histoire-géo qui font correctement le chapitre sur l’Islam en cinquième finissent par mesurer l’inanité de préjugés pourtant fort tenaces.
 

J’ajouterai, pour être complet, que les enfants de couples « mixtes » sont de plus en plus nombreux dans le cours d’arabe. Ils sont souvent peu au courant du fait religieux, ne semblent pas s’en soucier particulièrement ; mais ils présentent quelques difficultés spécifiques face à la langue ; il y a bien un problème, mais il ne concerne pas les enfants nés en France de je ne sais plus quelle génération immigrée et qui sont francophones, pour ne pas dire français tout court. Ce problème concerne les enfants scolarisés dans les pays d’origine, qui sont inscrits en cours d’année et que l’on dirige automatiquement vers une LV 1 arabe. Ces élèves, qui ont fait toute leur scolarité en arabe, se retrouvent dans des classes où le niveau est beaucoup plus modeste. Ceux-là, en effet, ont besoin de parfaire leur français d’abord. Mais ils ne sont pas les plus nombreux.
 

Ce n’est pas là un problème de matière, mais plutôt un problème national de stratégie d’accueil et d’intégration. Combien de fois ai-je entendu : « nous avons ce type de public qui pose problème parce que nous faisons de l’arabe ».