Le professeur d’Arabe : sa perception

Le professeur d’Arabe : sa perception

Curieusement, j’ai remarqué dans les établissements où j’ai exercé que le statut d’un professeur d’arabe dans le secondaire n’est pas plus « lisible » que la matière enseignée. Nombre de collègues semblent ignorer qu’il existe un CAPES d’arabe et une agrégation qui est l’une des plus anciennes de France.

 

Le professeur d’arabe qui arrive dans un établissement du second degré est vaguement assimilé à certains enseignants du primaire qui exercent en France dans le cadre d’accords de coopération franco-marocains et franco-tunisiens. Le statut de fonctionnaire implique obligatoirement la possession de la nationalité française. Je ne citerai qu’un seul exemple : un collègue, professeur de sciences économiques et sociales, qui s’intéressait à la langue arabe, mais aussi à la crise algérienne, avec qui j’avais co-animé plusieurs activités en direction des élèves, découvre – sincèrement étonné – après plus de quatre ans, que j’avais le statut de fonctionnaire et que j’étais français par conséquent ! Peut-être pensait-il au statut de maître auxiliaire ?

 
En règle générale, on peut dire que le statut n’est pas perçu correctement et encore moins le rôle que l’on doit jouer au sein de la communauté scolaire. Le résultat est qu’au début, on se trouve assez isolé dans une profession où, il est vrai, les affinités se font souvent par matière : la nôtre paraît a priori loin des préoccupations générales. Ajoutez à cela les difficultés naturelles de communication, la peur de mal dire, de mal faire ou de déplaire et vous avez un manque d’informations et d’échanges sur des sujets qui peuvent pourtant être très sensibles.

 
Une anecdote à ce propos : j’arrive un jour devant ma salle où m’attendait une classe de seconde composée majoritairement de jeunes filles. Là, pas de problèmes de foulard et des élèves comme on en redemande. Seulement, ce jour-là, les élèves étaient très agités, notamment les filles. Dialogue ahurissant :

– « Monsieur, que faites-vous là ? »

-« Comment, qu’est-ce-que je fais là ; on a cours d’arabe, non ? »

-« Mais, Monsieur, vous n’êtes pas au courant ? Aucune classe de seconde ne travaille à cette heure-ci ! »

_ « ??? »

-« Mais oui, c’est la journée d’information sur le SIDA et nous, on n’a pas été averties ! ».

 
En effet., ni moi ni mes élèves n’avions été convoqués. J’en ai déduit qu’il n’y avait pas malice, mais un grave malentendu : « on » a simplement pensé que ces jeunes adolescents, bon musulmans, ne pouvaient pas avoir de problèmes de sexualité et qu’en outre, il n’était sans doute pas délicat de parler de ces choses-là devant eux. Conclusion, ils sont naturellement à l’abri de ce terrible fléau et ils seraient mieux en cours d’arabe ! évidemment, l’erreur a été réparée sur le champ et les élèves ont pu se rendre à la conférence.