Indépendance et essor de la presse arabe

Indépendance et essor de la presse arabe

Si dans les pays du Machrek, le mouvement de la nahda a permis l’émergence d’une presse arabophone plus ou moins indépendante et dynamique, globalement on peut considérer que l’essor actuel des médias dans le monde arabe est surtout le fait de l’accès à l’indépendance . Les générations de gouvernants issus de la décolonisation, ont dans un réflexe légitime favorisé le développement d’une presse nationale pour :
 
– renforcer des indépendances encore fragiles
– mobiliser les audiences, « les masses » disait-on à l’époque
– Asseoir et conforter leur propre pouvoir, la majeur partie des titres ainsi créés appartenant aux gouvernements, destinés essentiellement à relayer la parole officielle.
 
Cette jeune presse « nationale » allait néanmoins contribuer à redonner à la langue arabe sa place naturelle, confisquée par le système colonial au profit du Français notamment dans les pays du Maghreb. Dans cette région, qui a plutôt opté pour le bilinguisme, une presse nationale francophone a pu se développer parallèlement aux journaux et périodiques de langue arabe.
 
Signalons que dès la naissance de cette presse bilingue et malgré la volonté des états-propriétaires, une « fracture » dans l’orientation générale allait apparaître en s’aggravant au fil du temps.

 

Globalement, la presse francophone, bien que totalement inféodée aux pouvoirs en place représentait (c’est toujours le cas d’ailleurs) l’aile moderniste du régime, avec une certaine liberté de ton (la langue française le permet, le mimétisme de la presse française faisant le reste) ; la presse arabophone se faisant elle l’écho des tendances « traditionalistes » qui traversaient (et traversent encore) les régimes en place et l »ensemble de la société.

 

Dans la presse francophone comme dans tous les journaux et périodiques « généralistes », tous les sujets sont traités avec plus ou moins de bonheur et surtout d’objectivité : musique, littérature, cinéma, sport, en plus des sujets habituels de politique intérieure et d’évènements internationaux.
 
La presse arabophone a par contre pendant longtemps cherché son style, notamment sur le plan du langage journalistique en arabe.
 
Tâtonnante, elle n’a pas réussi à éviter la langue de bois. Reprenant pour l’essentiel le discours du pouvoir sur le plan de la forme et du contenu sans même éviter certains archaïsmes de l’arabe classique, contrairement à la presse du Machrek où la langue moderne s’est sérieusement affranchie de certaines tournures et d’un certain lexique hérités de la littérature médiévale ! Mais le plus gênant avec cette presse de langue arabe , ce sont ses thèmes de prédilection : la religion, la morale, l’exaltation d’un passé révolu, un panarabisme essoufflé dont les « masses » se détournaient de plus en plus.
 
La montée de l’islamisme allait évidemment trouver surtout dans la presse arabophone, les tribunes qui permettaient de relayer le discours intégriste des mosquées. Pendant les années de guerre civile en Algérie, le clivage presse francophone /presse arabophone est devenu flagrant, presque jusqu’à la caricature : la plupart des journaux francophones étaient résolument dans le camp dit « démocrate » opposé au mouvement fondamentaliste, tandis qu’une majorité de journaux arabophones lui étaient plutôt favorables.