Exégèse dans les écoles sunnites

Exégèse dans les écoles sunnites

 

C’est au début de l’ère Abbasside que se constituèrent les quatre grandes écoles, qui sont toujours vivantes et se partagent toute l’étendue de l’Islam sunnite. L’école hanafite se réclame du juriste Abu Hanifa, l’école malikite de Malik Ibn Anas, la troisième de l’imam Shaf »i et la dernière doit son nom à Ibn Hanbal.

L’exégèse ayant un caractère global, il était normal que des écoles apparaissent, pour la prise en charge de toute la vie concrète musulmane. Chaque école précise sa solution devant les points controversés, intervient sur des détails de la vie cultuelle comme par exemple les mouvements et les positions de la prière; c’est tout un comportement quotidien qu’elles déterminent. Mais voyons ce que sont ces écoles et ce qui les différencie :

L’école hanbalite

Sommairement , on pourrait dire que le hanbalisme préconise le retour au Coran et à la sunna et qu’il ne privilégie guère le travail des savants. Le « taqlid » (littéralement : imitation) a chez les hanbaliste une grande importance. Ils acceptent ainsi beaucoup de hadiths jugés par d’autres comme inauthentiques. Grossièrement, on pourrait dire que le hanbalisme représente le courant sunnite « rigoriste ».

L’école shafïite

Cette école continue à dominer en Basse-Egypte , en certaines parties de l’Arabie du sud, en Afrique orientale musulmane et dans certains pays de l’Asie musulmane… Le shafiisme se distingue par sa valorisation de la sunna comme source du droit, minimisant ainsi le consensus des savants. Le droit shafiite s’articule autour de la notion de consensus communautaire; autrement dit, le consensus doit émaner de la communauté en tant que telle et non de la réunion d’une poignée de savants.

L’école hanafite

Née en Iraq, elle s’y maintient toujours , ainsi qu’en Syrie où elle est majoritaire. En Afghanistan, au Pakistan, en Inde , et parmi les musulmans de Chine. Elle eut du succès en Turquie où les Ottomans l’adoptèrent et la firent connaître dans les pays jadis soumis à la Porte.

Elle se présente comme l’école la plus « large », la plus tolérante et certains vont jusqu’à la taxer de laxisme.

L’école malikite

C’est celle qui nous intéresse le plus, car c’est elle qui est le plus largement suivie au Maghreb.

(note de DILAP : cette étude est un fragment de thèse. L’intérêt de l’auteur se rapporte au sujet de « l’Islam au maghreb », mais ne reflète pas un choix idéologique personnel). Signalons que l’Algérie et la Tunisie continuent à avoir des représentants du hanafisme. Mais l’école malikite est largement majoritaire. Au Maroc, c’est la seule qui est reconnue.

 

Malik Ibn Anas, à qui l’école doit son nom, attribuait une grande importance au consensus des savants, et à leur jugement personnel. Il a ajouté la notion de « maslaha » (bien commun), c’est-à- dire que tout jugement doit en fait tenir compte des intérêts de toute la communauté. Mais le plus important dans le malikisme, c’est sa reconnaissance du ‘Urf (coutume). Le « Urf » y est considéré comme une seconde source de loi. Le terme « Urf » désigne en fait l’ensemble des coutumes anté-islamiques qui existaient au Maghreb et que le malikisme non seulement n’a pas interdites, mais soigneusement reconnues, intégrées à l’islam. C’est ce qui explique la persistance de tant de rites archaïques, parfois franchement contraires à l’esprit de l’Islam.

 

Pour ces raisons , il est impossible de parler de communauté musulmane au sens strict du terme, quand on considère les pays du Maghreb. Il n’est pas non plus possible d’évoquer les traditions religieuses (sunna) sans tenir compte des traditions typiquement maghrébines antérieure à l’Islam et que le malikisme a permis de maintenir.