Le parler « beur » expressions courantes

Le parler « beur » expressions courantes

Voici des traductions directes de l’arabe, sans soucis du sens réel du terme employé en Français :

  • – « il ne m’a pas calculé » , pour dire, « il ne m’a pas pris en considération, il n’a pas fait attention à moi ». Cette expression vient de l’arabe : ما دارنيش في الحساب ، ما حسبنيش
    Le verbe حسب ، يحسب = compter, calculer
    Ce qui rejoint d’ailleurs l’expression purement française « tenir compte de… ». Sans passer par la traduction, de nombreux verbes arabes sont utilisés directement, mais pour éviter les difficultés morpho-syntaxiques, ils le sont à l’état « figé » c’est à dire sans égards ni pour les règles de conjugaison du Français , ni pour celles de l’Arabe :
  • – hagar =حقر – يحقر . Étymologiquement, en arabe littéral ce verbe signifie : mépriser ; en arabe algérien il a pris pour sens : commettre une injustice – dans le sens d’abus de pouvoir, de force – , mais aussi faire violence à quelqu’un. Ainsi, on entend chez les jeunes : « tu t’es fait hagar »  = tu t’es fais taper. Mais aussi : « tu t’es fais hagar ton portable »
  • – Khaf : خاف – يخاف (kh = prononcer à l’espagnol , jota, juan). En arabe = avoir peur. On entend ; il a khaf = il a eu peur. Sans commentaire. Inversement, des verbes français sont arabisés, mais curieusement utilisés aussi à l’état figé : afficher, s’afficher, faire l’affiche = ficha. ( Ainsi utilisé, il correspond en arabe à l’accompli, 3ème personne du masculin singulier = équivalent de l’infinitif français).
  • – Ho la la ! il s’est ficha devant les filles != il s’est planté , il s’est ridiculisé.

Au delà de ces distorsions syntaxiques, il y a évidemment beaucoup de substantifs arabes incrustrés avec une prononciation française qui les rend parfois méconnaissables :

  • – lahas : en arabe, léche-cul, flagorneur . En parler banlieue, il a changé de sens :
    c’est la has = c’est la galère !
    Appliqué à un individu : il est dans la has = il est en taule…
  • – la halla : en arabe  littéral, la situation, l’état des choses . En arabe algérien , ambiance, quelque chose d’événementiel, qui ne passe pas inaperçu. On entend : faire la halla = faire la fête, mais aussi faire du grabuge !

Beaucoup de termes, FEMININS en arabe, deviennent curieusement MASCULIN en passant au Français :

  • – Le dawa : synonyme de hâla (la halla) en arabe algérien a pris le sens de pagaille, bordel  :
  • – foutre le dawa !
  • – Le terma : le cul .
  • – Elle a un gros terma.
  • (Sans doute parce que les termes cul et bordel sont au masculin en Français).

Verbes substantivés :

  • – Chouffe = voir en arabe dialectal. Cela donne en parler djeunn’s :
  • – faire la chouffe = faire le guet.
  • – Le seumm  : le poison en arabe.
  • – J’ai le seumm = j’ai la rage, la haine.
    C’est aussi semble-t-il le nom d’une drogue spéciale. Cynique, le milieu…

De l’arabe francisé et «  verlanisé » :

  • – Bled = بلاد . En arabe, pays ou région. Blédard chez les jeunes ne signifie pourtant pas comme chez les adultesplouc, paysan, mais plutôt raté, maladroit, cancre… Il est surtout utilisé dans sa version « verlanisée » : darblé.

Des intrus « zarbi » : Nous perdons malheureusement dans le mouvement le savoureux « zaama » (soit-disant) au bénéfice du bizarre crari  lequel, c’est sûr, n’a rien d’arabe !

  • – Crari, il joue le ouf = zaama il joue le fou= soit-disant il fait le con ; il se la joue (il se ment à lui-même).

Les jeunes d’origine africaine et musulmans ont bien sûr leur part d’apports dans ce langage en constante mutation, notamment avec des expressions d’origine religieuse qui ont transité par les accents dialectaux africains :

  • – Starfoulay (prononcer starfoulaï) = أستغفر الله je demande l’aide de Dieu.
  • – Layester = يستر الله que Dieu protège.

Le phatique

nous employons ce néologisme linguistique pour désigner tout mot ou expression qui permet d’amorcer une conversation ou de l’entretenir en cas de discours continu : Allo ? Pour rentrer en contact avec la personne qui appelle. Je veux dire….. C’est à dire que…. Les mots ou expressions phatiques d’origines arabes sont légion. Dans le langage des jeunes :

  • – walla : والله = par Dieu, par Allah = je te jure par Allah = je t’assure que….
  • – Billa :بالله = même sens.

Bien sûr, d’autres langues que l’arabe travaillent ce langage jeune ; nous vous en ferons part au fur et à mesure de nos investigations auprès des jeunes eux-mêmes.